Editroll #11 – Juin 2018 – De l’absurdité des DRM

0
155

Lorsque j’ai mis en place cet édito, j’avais en tête de m’offrir un espace pour sortir un peu du porn et d’aborder des sujets qui me paraissent importants. Depuis toujours, j’essaie de défendre, au mieux, les valeurs de partage qu’offre l’open-source et plus généralement tout ce qui est “libre” comme les logiciels ou les formats de fichiers qui permettent l’interopérabilité.

DRM

Imaginez un instant que vous achetiez une voiture qui ne pourrait rouler que sur les autoroutes payantes de Vinci. Si c’est un modèle séduisant pour les amateurs de capitalisme hardcore, dans les faits, ça serait un vrai problème qui empêcherait les gens de se déplacer comme ils le souhaitent. Curieusement, c’est tout à fait le modèle que tentent d’imposer les formats de fichiers propriétaires qui incluent des DRM. Quoi de plus frustrant que de ne pas pouvoir disposer comme bon nous semble d’un média que l’on a acheté ?

Alors que les maisons de disques se sont très largement graissé la patte lors de l’avènement du CD audio, celles-ci ont déchanté lorsque les fans de musique ont commencé à échanger des mp3 sur la toile. On ne va pas se mentir, à l’époque, le CD coûtait 2€ à fabriquer et était vendu 20. Trop cher pour les budgets les plus modestes. Entre le début des années 90 et les années 2000, cette industrie s’est effondrée, accusant le piratage et les méchants Internautes qui volaient le travail des artistes (c’est aussi la période où les salles de concerts étaient de plus en plus pleines). La réalité était différente puisque le marché du dématérialisé était systématiquement attaqué et étouffé par les maisons de disques qui voulaient des verrous sur les fichiers afin d’éviter la copie mais aussi par leur cupidité qui a empêché l’émergence d’un vrai service populaire.

Ils auront mis de l’eau dans leur vin et finalement, le marché prendra son envole avec la suppression des DRM sur la plupart des plateformes de téléchargement. Une bonne idée qui arrivera trop tard alors que la plupart des gens s’étaient reconstitué leur bibliothèque musicale autrement, en échangeant sur les réseaux P2P. Aujourd’hui, le business de la musique fait figure d’exemple et montre bien à quel point les verrous numériques sont un véritable frein à la vente de produits dématérialisés et physiques.

De nos jours, nous avons suffisamment de recul pour savoir comment réussir à vendre un média en ligne pourtant ces DRM sont toujours effectives et on s’étonne que le piratage existe encore. Sérieusement ? Le W3C en est même allé jusqu’à créer un “standard” pour ça au point où on en est arrivé à se demander s’il est encore pertinent de suivre leurs recommandations.

Ce qui est génial, c’est que les industries du divertissement n’ont toujours pas compris la leçon et s’enfoncent dans leur bêtise et se mettent eux-même des bâtons dans les roues. Je pense bien évidemment à la VOD et au téléchargement de films. Des DRM très pertinentes qui empêche, par exemple, la lecture de fichiers HD sur la plupart des navigateurs. C’est vrai qu’un service qui fonctionne mal donne très envie de payer tous les mois. Les producteurs de contenus diront que c’est pour éviter le piratage mais, soyons clair, dès lors que l’on peut lire un média de quelque manière que se soit, on peut le copier. Oui, j’affirme que les DRM ne servent à rien.

Le format physique ne s’effondre pas seulement à cause du streaming mais aussi parce que tenter de lire un Bluray relève du miracle si vous n’avez pas le lecteur de salon dernier cri. Sans parler du fait qu’il faille télécharger des clés pour pouvoir lire ses films. Intérêt d’acheter en physique s’il faut une connexion Internet ? On ne peut plus absurde. Il n’est donc pas étonnant de se tourner vers le dématérialisé alors que les collectionneurs auraient été prêts à payer 2 fois le prix pour avoir un bel objet. Malgré l’arrivée du marché de la 4K, cet argument ne tiendra pas puisqu’il ne sera pas possible de lire ces nouveaux Bluray. Bilan, on achète plus de films au format physique car leur lecture est contraignante.

Une nouvelle fois, l’efficacité nulle de ces verrous n’est plus à démontrer. Les films venant de sortir sont rapidement disponibles en HD et multilingues sur la toile. Au risque de me répéter, les DRM sont inutiles. Tout comme le marché de la musique à son époque, les verrous ne donnent pas envie de passer à l’achat et on se tourne plus volontiers vers des sites pirates qui proposeront des fichiers MKV avec les derniers codecs de compression (3Go le film de 2h en 1080p, c’est quand même cool, non ?). On s’amusera aussi à constater que le format préféré des plateformes de téléchargement est le MP4 propriétaire alors que ça n’est clairement pas ce qu’attendent les consommateurs. Un rapide tour sur un quelconque site de direct download pour s’en rendre compte.

Le jeu vidéo n’en est pas en reste avec des connexions obligatoires pour jouer (une panne de votre box Internet et vous ne pouvez plus lancer une partie). Un choix peu pertinent pour les jeux solos et qui n’aura comme effet que d’emmerder les utilisateurs qui ont payé pour leur contenu. Les pirates, pouvant profiter d’une installation et d’une utilisation sans contrainte grâce aux cracks. Heureusement, il y a encore des gens intelligents et des éditeurs commencent à proposer leurs jeux sur GOG, une plateforme qui permet de télécharger des jeux sans protection. Tu dézippes et ça fonctionne où tu veux.

La vérité, c’est qu’on ne voit pas trop où veut en venir l’industrie du divertissement avec les DRM qui sont plus un problème qu’autre chose. Même en streaming, cela pose des problèmes techniques et leur efficacité est nulle. Typiquement, un film Netflix est trouvable en quelques clics, idem pour les RIP de Bluray. La confiance est bien souvent plus rentable que le flicage.

Ma question est la suivante : Pourquoi imposer des contraintes aux utilisateurs qui paient alors que les pirates peuvent utiliser leurs médias comme bon leur semble ?

Nous avons besoin de vous !

Tu as aimé cet article ? Tu peux nous soutenir en achetant l'un de nos t-shirts, faire un tour sur notre sexshop. Si tu n'as pas de thunes, tu peux aussi nous aider en partageant cet article sur les réseaux sociaux.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here