Editroll #25 – Août 2019 – C’est quoi le porno féministe ?

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Pour le grand public et plus particulièrement en France, il y a une réelle méconnaissance de la scène adulte. La pornographie est vaste. Tout aussi vaste que peut l’être l’univers de la musique ou du cinéma traditionnel. L’avènement d’Internet a permis l’émergence des créatifs et ce dans tous les domaines. Le porno ne fait pas exception.

Elle regarde du porno avec sa meilleure amie

Dans notre pays le pro-am ou des maisons comme Dorcel sont des machines marketing bien huilées. Les noms sont biens connus et il évident que l’on pense à eux dès que l’on aborde le sujet. Toutefois, depuis quelques années, le porno a lui aussi profité de la gigantesque vitrine que peuvent être les réseaux sociaux et plus généralement le Web. Tout le monde ou presque peut lancer son activité. Un véritable levier pour tous ceux qui souhaitent sortir de ce que propose le mainstream.

Une alternative

La fameuse “blonde à forte poitrine” est un cliché qui fait sourir. Encore plus quand on sait que c’est plutôt tout l’inverse qui est populaire. Empreint de stéréotypes, dès que l’on plonge dans l’univers du porno mainstream, on y trouve des scènes très calibrées et très formatées. Si des choses comme Tushy ou Blacked offrent, par exemple, des images au dessus de la moyenne, force est de constater que le format est très rodé et les modèles ont des physiques relativement pré-définis. Dans sa grande majorité, ce porno est pensé pour des clients masculins hétéros. Entendons-nous bien, ces productions ont tout à fait le droit d’exister et on comprend parfaitement qu’elles rencontrent le succès.

Le porno féministe tente juste d’apporter un œil nouveau sur la sexualité mise en image, qu’elle soit hétéro ou pas. Un regard féminin apporte une autre vision de la pornographie et tente de séduire les femmes qui ne se retrouvent pas forcément dans le mainstream principalement fait par et pour des hommes. L’erreur serait de croire que c’est du “porno pour les femmes”. Le fait est que ces créatifs indépendants produisent des images qui peuvent plaire à tous et c’est probablement là toute la nuance par rapport au mainstream très ciblé. Si on parle de “niche”, ce n’est finalement pas très vrai puisque ce porno alternatif peut mettre en image n’importe quel fantasme. Rien n’est interdit à la différence près que les images produites s’adressent à tous.tes.

De la représentativité et de la diversité

Dans le secteur indépendant et féministe, il y a une chose qui compte, c’est la représentativité. On pense à certaines minorités comme les personnes transgenres qui ne sont pas forcément montrées comme un fantasme hétéro ou encore les gens qui n’ont pas des physiques de top-modèles ou stéréotypés. L’idée est de dévoiler les corps tels qu’ils sont avec leurs défauts. La beauté étant un critère très subjectif, ce porno part du principe que n’importe qui peut plaire à n’importe qui d’autre. Si on y trouve effectivement des femmes grosses ou poilues (en réponse à ce commentaire), croire que ce porn ne se résume qu’à ça, c’est passer à côté de 90% de la production.

La diversité est aussi au cœur de ce porno. Le milieu alternatif offre un panel incroyable de physiques et de personnes que l’on ne trouve pas forcément dans le mainstream (voir pas du tout). Des gens tantôt originaux, tantôt plus proche de la réalité, ce porno brise les barrières et s’autorise à peu près tout. Dans une société où le racisme est omniprésent, montrer des minorités sans pour autant les hyper-sexualiser est essentiel (Vous avez dit “beurette” ?). Finalement, on est assez loin des idées reçues qui laissent à penser que le porno féministe ne serait cantonné qu’à un certain type de personnes et de physiques.

Erotico-pornographique

Les productions féministes peuvent se servir allègrement dans le registre de l’érotisme mais ça n’est pas le critère qui défini ce porno. Encore une fois, on peut tout à fait trouver de tout dans le domaine : Du sexe très doux avec de belles images ou des gonzos qui calquent leur technique sur le mainstream avec toutefois un regard porté sur tous les acteurs.trices. Cette pornographie a cette capacité à séduire tout le monde et c’est tout son intérêt. Comme évoqué plus haut, on assez de mal à se dire qu’il s’agit là d’une niche.

Cette idée reçue provient probablement du style d’Erika Lust qui est très populaire mais il ne représente que la partie visible de l’iceberg. En terme de sexualité rien n’est interdit dès l’instant où les choses se font dans le respect et le consentement. Des valeurs très chères à ce porn qui a des choses à dire et qui n’hésite pas à en faire un argument de poids face aux productions réalisées à la chaîne.

Contextualiser la sexualité

Sans aller jusqu’à une Dorcelisation des films, le contexte est lui aussi très important. On peut imaginer n’importe quel scénario sexuel mais il est très important de montrer dans quelles conditions cela se passe. Par exemple, dans ce film de Carmina, prendre quelques secondes pour évoquer le safeword avant une scène plutôt hard est un petit détail qui fait toute la différence. Une petite ligne de dialogue qui montre que le consentement est indispensable suffit.

Cette touche de féminisme apporte une nuance par rapport au mainstream qui passe directement à l’action et montre des pratiques qui semble “aller de soi” alors que ça n’est pas du tout le cas. Kink avait d’ailleurs communiqué à ce sujet afin de mieux expliquer ce qu’il se passait avant les tournages. C’est une bonne démarche et le signe d’un certain changement de mentalité et c’est tant mieux.

Ethique

Au féminisme s’ajoute très souvent l’aspect éthique des tournages. Loin des scènes payées une misère, beaucoup d’indépendants souhaitent que tous les travailleurs du sexe soient rémunérés au mieux. C’est souvent pour cette raison que l’on se tourne vers cet autre porno. Il y a une certaine forme de garantie que tout le monde a été traité avec respect lors des tournages. Une chose qui est très souvent opaque dans le mainstream et c’est assez regrettable. On imagine que les cadences infernales sont la cause de débordements que l’on aimerait voir disparaître dans le milieu.

Pour beaucoup, acheter ce genre de films est une manière d’acheter du “porno bio”. Tout comme on préférait acheter des produits sans pesticide, le porno féministe/éthique permet de favoriser de bonnes conditions de travail pour tous ceux qui œuvrent dans le X. C’est une chose importante également et qui fait partie des valeurs de ce secteur de l’adulte.

Du porno comme les autres (ou presque)

Quand on s’intéresse un minimum au sujet, on se rend rapidement compte qu’il existe une réelle variété de productions. Difficile de ne pas y trouver son compte. La véritable force de cette pornographie c’est cette capacité qu’elle a à plaire à tous.tes. Idéale pour les couples qui souhaitent partager un moment à deux mais aussi pour les âmes esseulées. Les scènes produites offrent souvent un réalisme très excitant mais pas seulement puisque seule l’imagination des créatifs est la limite.

Le porno féministe est beaucoup plus riche que ce que l’on pourrait penser mais pour s’en rendre compte, il faut faire un petit effort intellectuel et voir un peu plus loin que la consommation de masse et facile d’accès. Faut-il encore le rappeler ? Le féminisme c’est la lutte pour l’égalité entre les sexes et si la pornographie peut participer à faire évoluer certaines mentalités d’un autre âge, pourquoi pas ?

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11 Commentaires

  1. Tu n’en as pas parlé mais le porno amateur qu’on a vu apparaître sur les tubes peut aussi avoir ce côté éthique. Les couples qui partagent leurs vidéos montrent aussi une certaine sincérité des rapports sexuels. Ça n’est pas toujours très scénarisé mais quand on s’intéressent à eux, on est souvent face à des gens qui s’aiment et c’est plutôt cool.

  2. Ca veut dire qu’on aura pas d’article sur les grosses poilues aux cheveux bleus ?

  3. Un point de désaccord ici. Dire que c’est du “porno comme les autres”, ça n’est pas très vrai. Le porno alternatif a des images souvent plus belles qu’ailleurs. C’est dommage de ne pas l’avoir souligné dans l’article.

  4. Disons que c’est assez difficile de généraliser. L’exemple de Tushy montre aussi que dans le mainstream tu as aussi de belles vidéos. Honnêtement, il y a beaucoup trop de choses pour dire que le porno féministe est “mieux filmé”. Comme dit dans l’article, généralement, l’image ne se focalise pas QUE sur les femmes, c’est la petite nuance et encore ça n’est pas toujours vrai. C’est un exercice assez complexe que de tout résumer en un seul billet. Le mieux, c’est encore d’essayer de découvrir par soi même. J’imagine qu’on parle assez de ça ici. 🙂

  5. Par rapport aux pornos français que j’ai vu, j’ai quand même le sentiment que les femmes y sont mieux traitées et pas montrées comme des bouts de viande. Je ne comprends même pas comment ce genre de scènes peuvent encore exister de nos jours.

  6. Pro-Am : C’est le porno “AMateur” réalisé par les “PROfessionnels”.
    Mainstream : Ce sont les productions les plus répandues que l’on trouve facilement partout.

  7. En effet, c’est un véritable oubli. C’est vrai que le porno a tendance à montrer des positions un peu “acrobatiques” qui ne sont pas spécialement riches en sensations pour les femmes. Je l’aime bien Olympe de G. Son discours est compréhensible et très pertinent.

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