Editroll #28 – Novembre 2019 – Le sexe dans le jeu vidéo

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Depuis le milieu des années 90, la 3D est devenu l’un des piliers du jeu vidéo. Popularisé par la cinquième génération de consoles, la première PlayStation en tête, ces graphismes d’un nouveau genre ont ouvert la porte à de nombreuses idées très créatives. A force d’évolutions, ce média est devenu plus mature et est, aujourd’hui, considéré comme un art à part entière. Une maturité qui peut inclure la sexualité dans des histoires aux scénarios qui n’ont plus rien à envier au cinéma.

Heavy Rain

Les relations entre personnages

La proximité entre deux protagonistes peut rapidement se transformer en romance et quoi de plus pertinent que le sexe pour montrer cette connexion ? Le cinéma utilise ce code depuis des siècles. Assez rarement montrée et plus souvent évoquée, la sexualité est un outil de narration comme un autre qui place le spectateur au centre des relations entre les personnages. Le jeu vidéo n’échappe pas à la règle. Pendant longtemps ce média visait essentiellement les jeunes hommes en mal de sensations fortes. On se souvient du tollé qu’avait provoqué le mode “Hot Coffee” dans Grand Theft Auto: San Andreas. Si ce mini-jeu était un peu amené de manière maladroite, le but était de créer un réel attachement aux petites-amies que l’on pouvait rencontrer au cours d’une partie.

Pour prendre un exemple un peu plus pertinent, le jeu Heavy Rain avait tenté de pousser l’implication du joueur à son paroxysme, allant jusqu’à réaliser certaines tâches du quotidien pour rentrer complètement dans l’univers proposé. Alors que le scénario, relativement sombre, plaçait le joueur dans une histoire stressante, l’arrivée d’une scène de sexe avec un autre personnage renforçait réellement cette relation naissante. Une scène pleine de sens dans un contexte fort. Cette fameuse scène n’était pas là juste pour faire du racolage mais avait un véritable intérêt scénaristique dont le but était d’impliquer le joueur le plus possible dans cette romance.

Censure à deux vitesses

En avril dernier, Sony annonçait que les contenus “sexuellement explicites” seraient interdits sur sa machine. Un choix peu pertinent alors que le média jeu vidéo arrive à maturité et que les créateurs commencent à peine à intégrer de véritables sujets dans les histoires qu’ils tentent de raconter. Alors que l’on évoque une relation homosexuelle dans le très attendu The Last of Us Part 2, il est peu probable que le studio Naughty Dog passe le pas et aille jusqu’à montrer leur sexualité à l’écran. Si une scène de sexe n’est pas indispensable pour la construction de personnages, elle aurait pu renforcer l’attachement à un protagoniste secondaire. Alors que le thème de ce jeu semble être la vengeance, on imagine que cette romance sera vite balayée afin de laisser place à l’évolution de l’héroïne.

Il est tout même regrettable que les développeurs devront s’auto-censurer afin de pouvoir publier leurs jeux sur certaines plateformes. D’autant plus absurde alors qu’un titre comme Cyberpunk 2077 semble vouloir se passer des codes de genres et en intégrant la sexualité au centre de sa narration. Si on ne sait pas encore comment tout cela sera amené, le fait est que le sexe est tout à fait pertinent dans cet univers où la population se déshumanise de plus en plus à travers des augmentations sous fond de transhumanisme. Une chose qui pose la question de ce qui nous rend humain. Le sexe en fait, peut être, partie et ces questions peuvent tout à fait être passée sous silence à cause de cette censure qui n’a plus vraiment de sens de nos jours.

A qui s’adresse le jeu vidéo ?

Pendant longtemps, le jeu vidéo a été considéré comme un “jouet” pour les enfants. Si c’était particulièrement vrai dans les années 80, aujourd’hui, le média s’adresse au même public que celui du cinéma. On peut y aborder de nombreux sujets de société et mettre sous le tapis la question de la sexualité dans des titres qui sont clairement destinés à des adultes ne semble pas pertinent. Il est tout de même important de rappeler que de nombreux jeux sont estampillés 18+ et que la violence omniprésente dans ces titres en particulier ne semble pas choquer la morale. En quoi le sexe serait-il plus choquant ? La vérité, c’est qu’en 2020, la sexualité est encore tabou et c’est un problème.

Les divertissements vidéo-ludiques proposent des œuvres riches et variées et peuvent s’adresser à tous types de populations. Si on aborde régulièrement les jeux porno dans nos colonnes, imaginer des titres qui amènent la sexualité de manière intelligente ne semble pas être totalement absurde. On peut même aller plus loin en se disant qu’ils pourraient tout à fait avoir un rôle éducatif sur bon nombre de questions autour des sexualités et des genres. Il ne fait aucun doute que notre société moderne a encore besoin d’évoluer sur ces sujets et les arts peuvent tout à fait participer à un changement nécessaire. Le jeu vidéo ne fait pas exception.

Un jeu vidéo libre

La censure est rarement bonne et c’est d’autant plus vrai lorsque l’on parle d’art. Une censure qui n’a pas vraiment de sens lorsque la violence est plus tolérable que le sexe. Malheureusement, c’est une position que l’on retrouve chez beaucoup de grosses sociétés. Il ne s’agit pas de mettre systématiquement des relations sexuelles dans tous les titres mais de laisser les développeurs être libre de le faire. Cette censure montre bien à quel point le sexe pose de nombreux problèmes à beaucoup de décideurs.

La peur de la vindicte populaire de la part de certains groupuscules influents (souvent catholiques) est probablement ce qui pousse à ces décisions contre-productives. Le but de l’art n’est-il pas, justement, de nous faire nous questionner sur certains sujets ? De quel droit n’aurions-nous pas l’autorisation de s’interroger sur des sujets comme la sexualité dans le jeu vidéo ? Pourquoi faudrait-il le cacher ? Des réponses que l’on a de la peine à trouver chez les censeurs. Si cela a du sens lorsque l’on s’adresse à des enfants, on ne comprend pas en quoi un jeu destiné à des adultes ne pourrait pas montrer du sexe.

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