Editroll #30 – Février 2020 – Hygiène numérique

Les récents événements autour de l’affaire Benjamin Griveaux m’ont encouragé à vous parler de ce sujet qui concerne votre vie privée et de l’utilisation que l’on peut faire des nombreux outils de partage qui sont désormais à notre disposition. La première fois que j’ai entendu le terme “hygiène numérique” c’était vers 2010. Autant vous dire que la problématique n’est pas franchement nouvelle.

iPhone

Du SMS à Twitter

D’aussi loin que je me souvienne, dès l’arrivé des mobiles sur le marché français, les échanges coquins via SMS se sont vite popularisés. Si au début il n’était pas évident d’échanger des images, on s’envoyait des mots doux parfois agrémentés de petits dessins en ASCII. Des échanges personnels qui restaient relativement confidentiels entre votre partenaire, votre opérateur et vous. On avait là une certaine confiance dans cette technologie et le web était encore balbutiant. Rapidement, le réseau mobile s’est développé et à donné accès au partage d’images et de vidéos ajoutant un nouvel intermédiaire dans nos échanges : le fournisseur du service en ligne.

L’ajout d’un protagoniste dans les échanges et la complexification de nos smartphones ont rendu ces simples échanges clairement moins privés. Désormais, plus personne n’est à l’abris d’une faille de sécurité, d’un virus ou tout simplement d’une prise de screenshot et sa diffusion sur le web. Nombreux sont les utilisateurs qui utilisent les messageries de leurs réseaux sociaux favoris ajoutant par la même occasion de nouveaux “yeux” potentiels. Bien qu’il existe des messageries pair à pair chiffrées, la plupart des Internautes utilisent toujours des Instagram, Twitter et autres Facebook. De mon point de vue, c’est assez incompréhensible mais c’est comme ça.

Leaks de sextape

Au milieu des années 90, la fuite de la sextape de Pamela Anderson a probablement ouvert le pas à une certaine mode. Rapidement, Paris Hilton et Kim Kardashian ont participé à ce phénomène. Entre communication et vraie fuite, les vidéos intimes sont devenues une tendance. A un moment où c’était réellement la jungle sur le web, ces vidéos se sont propagées à une vitesse incroyable. Cela ne date donc pas d’hier et on connait bien les répercussions que peuvent avoir ces leaks. Démultiplié par le cloud, l’affaire The Fappening avait fait également grand bruit. Certains utilisateurs n’avaient même pas conscience que leurs médias étaient stockées de manière automatisée en ligne.

Aujourd’hui, nous avons beaucoup de recul sur les conséquences de la diffusion de ces images sur le web et même si cela reste de l’ordre de l’intime et que cela ne devrait pas avoir de conséquences sur nos vies professionnelles, dans la pratique, la fausse morale ambiante permet de faire du sexe une arme permettant de discréditer une personne. Benjamin Griveaux en a fait les frais récemment et s’il aurait dû assumer plutôt que de retirer sa candidature, le piège s’est refermé sur lui. Les travailleurs du sexe connaissent aussi le problème, leur activité ayant parfois des conséquences sur leur carrière.

1984

S’il m’est déjà arrivé d’avoir des échanges intimes via mon mobile ou les réseaux sociaux, j’ai toujours refusé les échanges de médias. Une photo ou une vidéo a vite fait de se retrouver sur la toile et si, sur le fond, j’en aurais probablement rien à foutre, j’estime que ma vie privée doit le rester. Dans un monde idéal, il n’y aurait que des personnes bienveillantes mais on sait que certains sont prêts à tout pour discréditer votre discours ou tout simplement votre image juste parce qu’ils ne sont pas d’accord avec vous.

Le problème est principalement humain mais il ne faut pas oublier que la sécurisation des données est devenue beaucoup plus complexe ces dernières années. Les failles de sécurité se sont multipliées et la plupart des services en ligne ont plus dans leur ligne de mire leur rentabilité plus que votre protection. La sécurité coûte chère et les budgets qui y sont alloués ne sont pas toujours suffisants. Concrètement, il ne faut pas faire confiance au service de messagerie que vous utilisez, tout simplement.

SeNd NuDeS

On peut comprendre l’envie d’échanger avec un.e partenaire de confiance via son mobile mais c’est sans compter ce facteur humain qui peut transformer une simple photo intime en une arme qui peut faire beaucoup de mal. Les trop nombreux intermédiaires qui ont accès à vos données sont un réel problème et malgré les discours marketing, vous ne pouvez faire confiance à aucun service. La multiplications des applications sont autant de nouvelles portes dérobées potentielles qui peuvent permettre à n’importe qui d’avoir accès à vos messages et vos médias.

S’il y a de quoi devenir paranoïaque, le mieux est encore de ne pas diffuser des choses personnelles et/ou intimes sur ces services en ligne. J’évoquais, plus haut, des solutions un peu plus sécurisées que les messageries populaires mais il se trouve qu’aucune d’entre-elle n’est réellement sûre. Il y a toujours des moyens pour voir ce que vous faites sur votre PC ou votre smartphone. Je sais que vous ferez bien ce que vous voulez mais gardez bien en tête que le 100% sécurisé n’existe pas.

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