Editroll #31 – Mars 2020 – Les millennials pas encore prêts à passer au porno payant ?

Une récente étude montrait que les millennials étaient 63% à consommer de la pornographie gratuitement. Cette tranche des 18-34 ans, biberonnée au web depuis toujours a encore du mal à sortir sa CB pour des contenus adultes.

Carte de crédit

Culture du libre

Depuis l’avènement de l’Internet, cet espace de liberté a bien évolué depuis les années 90. Au départ, destiné aux scientifiques, de nombreux geeks à travers le monde se sont emparé de ce nouvel outil pour en faire un lieu unique de partage. Si au départ on devait surtout compter sur des communautés de fandoms qui se rassemblaient autour de sujets divers et variés, le web tel qu’on le connaissait a bien changé. L’arrivée du haut débit a rapidement permis l’essor de la vidéo et il était évident que le secteur du X allait en profiter. D’aussi loin que je m’en souvienne, la pornographie en ligne a toujours existé. La première image “coquine” aurait même été partagée dès 1985.

Gratuit : ce mot a toujours été lié de près au web. Une liberté essentielle selon les pionniers qui ont été les premiers à fouler le sol de l’Internet. La culture était enfin accessible à tous et rapidement. La musique, le cinéma et le jeu vidéo ont été les premier à subir le piratage. Accompagné du porno, ces échanges de masse sont vite devenu un problème majeur pour de nombreuses industries. Aujourd’hui, on commence à trouver un certain équilibre, les offres légales se sont bien développées mais il aura fallu attendre de très longues années avant que tout cela puisse exister.

Il n’y a plus d’argent

Si le modèle publicitaire a longtemps été la norme, il a vite montré ses limites et s’il est encore utilisé de nos jours, il ne permet pas complètement de rémunérer l’ensemble des personnes autour de la création, quelle qu’elle soit. Rajoutons à cela la démocratisation des bloqueurs suite aux nombreux abus des régies et les revenus des créateurs se sont alors retrouvés en chute libre. Bien entendu, il restera toujours des personnes qui produiront des contenus de manière bénévole mais la création demande souvent beaucoup de temps et il n’est pas toujours évident de s’y consacrer pleinement lorsque l’on a un emploi à plein temps en parallèle.

La pornographie a aussi besoin d’argent. D’une part parce qu’il faut rémunérer toute la chaîne de production (cadreur, opérateur du son, monteur, acteurs…) mais aussi parce que ce manque de moyen entraîne des dérives très malsaines. On ne compte plus les problèmes liés aux contrats de travail inexistants, de scènes mal payées et j’en passe. Ce manque d’argent a beaucoup de conséquence sur cette industrie. Économiquement et humainement. Payer pour son porn, c’est aussi soutenir tous ceux qui participent à sa fabrication.

#PayForYourPorn

Le modèle évolue et petit à petit, les consommateurs ont une certaine prise de conscience des enjeux. Typiquement, qui pirate encore de la musique alors que les plateformes de streaming freemium se sont démocratisées ? Des services comme Netflix ont aussi permis d’endiguer le phénomène du piratage. S’il est assez utopique de penser qu’il disparaîtra un jour, le fait est que la plupart des gens se sont tourné vers les offres légales puisqu’elles sont enfin accessibles et proposent une grande diversité de contenus. Souvent en avance sur son temps, le milieu de la pornographie est encore à peu à la traîne sur cette question.

Par exemple, la version payante de PornHub n’est apparu sur le marché qu’en 2015, là où Netflix a commencé à proposer du streaming en 2007. Bien que la formule d’accès à de nombreux contenus contre un forfait mensuel n’est pas réellement nouveau dans ce secteur, les nombreux abus autour de la fameuse CB30 ont réellement bridé le marché. Arnaques, prélèvements abusifs et autres impossibilités de se désabonner ont vraiment mis à mal le marché pendant de trop longues années. La réputation des sites adultes est faite et il faut maintenant montrer patte blanche et regagner la confiance des utilisateurs.

Devenir un modèle éthique

On évoque souvent l’éthique de ce milieu dans nos articles et, je pense, qu’il n’y a pas seulement un enjeu humain. Le respect des acteurs.trices est important mais le respect des clients l’est tout autant. Les plateformes qui font de la vente de vidéos ou qui proposent du streaming ont beaucoup évolués ces dernières années. Des choses comme ManyVids arrivent, petit à petit, à se faire une réputation et la bonne image générale (discutable) d’un site comme PornHub converti les utilisateurs au payant. Permettre à tous de proposer des contenus “premium” est une excellente chose et offre enfin l’opportunité de financer des projets sérieux et de dégager du temps pour la création.

Depuis trop longtemps ghettoïsé, le porno souffre de son image sulfureuse et on en oublie parfois qu’il y a des Êtres Humains derrières les vidéos que l’on regarde. Ils ont une vie et des besoins comme nous autres. Au delà de l’importance de financer la création, passer au payant permet aussi d’offrir une vie plus décente à toutes les personnes qui vous permettent de vous masturber devant de chouettes images. C’est une industrie du divertissement comme les autres.

Le travail du sexe, c’est du travail

Il est toujours bon de rappeler que ceux qui font le porn, passent beaucoup de temps à se préparer, filmer, monter et à diffuser leurs contenus. C’est un travail à temps plein et qui mérite rémunération. En France, nous n’avons pas forcément cette culture du tip très populaire sur les sites de webcams et qui a tendance à se démocratiser sur l’ensemble des plateformes de streaming (YouTube compris). Pourtant, il est important de soutenir les créateurs que vous aimez et d’autant plus dans le X. Il y aura toujours une place pour le gratuit, c’est dans l’ADN du web mais sans argent, on limite la création.

Si l’on est plus enclin à soutenir un vidéaste mainstream, il reste tout aussi important de rémunérer ceux qui font le porn que vous aimez. Sans quoi, il sera de plus en plus difficile de produire des contenus et cela entraînera des dérives inhumaines que l’on a plus envie de voir dans le milieu. Il faut aussi bien comprendre que ceux qui vivent réellement du travail du sexe et plus précisément du porno sont assez rares. Le gratuit c’est bien mais il reste important de comprendre que l’on a rien sans rien. Le moindre petit don que vous pourrez faire compte, ne l’oubliez jamais.

Nous avons besoin de vous !

Tu as aimé cet article ? Tu peux nous soutenir en achetant l'un de nos t-shirts, faire un tour sur notre sexshop. Si tu n'as pas de thunes, tu peux aussi nous aider en partageant cet article sur les réseaux sociaux.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here