Editroll #33 – Mai 2020 – L’industrie de la pornographie a-t-elle oublié les femmes ?

Depuis longtemps, l’industrie du porno s’est beaucoup focalisée sur un marché essentiellement masculin. Avec les nouveaux usages et la mobilité, les femmes se sont également mises à consommer du sexe en ligne. D’un point de vue purement mercantile, on parle de près de 50% du marché qui a été oublié.

Homme nu

Sexisme industrialisé

Pour beaucoup d’entrepreneurs sur ce secteur, la cible a toujours été les hommes. La pornographie s’est alors s’est standardisée pour mettre en avant le corps des femmes (tout en oubliant leur plaisir). L’industrie s’est rapidement adaptée au web et au SEO utilisant des termes assez barbares pour se positionner dans les moteurs de recherche. “Salope”, “pute” et tout un tas d’autres mots clés sympathiques du même acabit ont alors été utilisé pour attirer les nombreux clients. Un phénomène participant, de fait, à rendre la sexualité des femmes honteuse.

Parce que c’est bien de cela dont il s’agit : la sexualité des femmes. Le twist, c’est qu’elles ont aussi des envies, des fantasmes et, croyez-le ou non, elles se masturbent. Le shaming généralisé de leur plaisir a grandement participé à leur discrétion quant à leur consommation de sexe et de porno. Depuis, de nombreuses voix se sont élevées et si cette industrie peine encore à se transformer, on a vu apparaître des alternatives intéressantes comme le porno amateur ou féministe. De quoi attirer les clientes avec des choses un peu plus éthiques sur ces questions d’égalité des sexes.

Changement de mentalités

La route semble longue et semée d’embûches jusqu’au porn qui essaie d’intéresser les femmes comme les hommes. On vous avait déjà parlé de Hot Guys Fuck qui propose un gonzo assez classique mais qui prend le temps de s’arrêter sur le corps des hommes. Dans la pratique, ça ne change pas grand chose dans la manière de fabriquer le porn mais cela ouvre les portes à une nouvelle clientèle. Cette industrie a quand même réussi à se couper de la moitié de son marché juste parce qu’elle n’a jamais voulu s’ouvrir aux femmes. Le sexisme a-t-il fait perdre de l’argent à ces studios ? C’est en tout cas ce que l’on pense ici.

Alors que la parole se libère, les femmes veulent aussi être libres dans leur sexualité. S’il y a encore du chemin à faire pour que les beaufs de bas étages acceptent qu’elles ont aussi le droit au plaisir, la pornographie doit, elle aussi, évoluer. Il n’est donc pas étonnant qu’elles reprennent le contrôle de leurs corps mais aussi de la création sur ce secteur. Les initiatives de Olympe De G. avec ses podcasts audio ou encore le porno alternatif que peut proposer Erika Lust sont des réponses à ce porn phallocentré. On peut aussi évoquer le travail de Carmina, Lucie Blush ou d’Anoushka. Les entrepreneuses prennent le pouvoir et transforment le porn. C’est exactement ce qu’a voulu faire Bella French avec sa célèbre plateforme ManyVids. Et je ne cite que les choses dont nous avons déjà parlé ici.

Des souris et des hommes

Des plateformes comme Chaturbate ont toujours mis en avant les femmes comme les hommes. Il n’est donc pas rare de trouver des cam’ avec des mecs plutôt mignons en train de s’amuser pour le plaisir de tous. Si ce genre de streams attirent aussi les homosexuels, les femmes peuvent tout à fait se rincer l’œil et participer à l’euphorie de la room. Si tout cela n’est pas très nouveau, l’intérêt des femmes pour ce genre de contenus l’est un peu plus. En se libérant, elles n’hésitent plus à regarder des vidéos ou des streams pour se faire plaisir et on ne peut que trouver ça génial. Tout le monde y a droit et le marché doit aussi s’y adapter n’en déplaise à quelques mauvaises langues qui pensent encore que les femmes ne s’intéressent pas à la pornographie.

Tout le fond du problème est bien là. Si les femmes ont longtemps boudé le porn, c’est surtout parce qu’il ne leur correspondait pas. Sans parler du fait que certains studios (Dont on taira le nom sous peine de poursuites. Toi-même, tu sais.) traitent les actrices comme des bouts de viande. En tant que simple consommateur, il n’est pas normal d’être mal à l’aise face à une vidéo adulte et si une certaine tranche de l’industrie n’est pas capable de le comprendre, il ne faut pas s’étonner que les ventes s’effondrent. Un vieux monde qui tente de subsister et qui accuse le piratage de tous les maux alors que dans la pratique, leur porn ne nous intéresse pas et, de toute façon, se coupe de la moitié d’un marché potentiel : les femmes.

Les clichés du porno féministe

Pour avoir traîné quelques temps sur des boards de professionnels de l’industrie, une chose m’a tout de suite sauté aux yeux : le mépris pour le porno alternatif. Alors que beaucoup pleurent sur le fait que la CB30 fonctionne de moins en moins et accusent les tubes, à aucun moment ils n’ont remis en question leur modèle économique qui se basait essentiellement sur de l’arnaque : prélèvements abusifs, désinscription complexe voir impossible et j’en passe. J’avais aussi beaucoup lu que le féminisme n’était qu’un argument commercial pour vendre du porn. A un moment où les ventes s’effondraient, quel était l’intérêt de refuser de nouveaux arguments de vente ? Si en plus cela faisait évoluer les mentalités, tout le monde était gagnant, non ? Apparemment, la chose n’était pas forcément très claire dans la tête de tous ces “entrepreneurs”. J’ai finalement quitté ces communautés désuètes.

Un autre cliché autour du porno féministe réside dans le fait que nombreux sont ceux qui pensent que l’on parle d’érotisme ou de choses plus douces. La vérité c’est que ce porn ne s’est jamais rien interdit. La petite nuance face à toute la production, c’est qu’il met en avant le consentement et le respect. Ça n’a l’air de rien mais ça change tout. Si ces deux petites règles basiques (valables dans la vraie vie également) sont appliquées, on peut tout se permettre. L’autre petite différence que l’on retrouve dans ce secteur alternatif, c’est le plaisir des femmes. Grand oublié des productions mainstream. Un regard échangé, un sourir peut en dire beaucoup plus que des gros plans trop longs et sans intérêt. Croyez-le ou non mais c’est beaucoup plus excitant et c’est aussi ce qui fait qu’une scène est réussie.

Diversité

Séduire les femmes est une chose mais montrer qu’il existe d’autres sexualités peut tout à fait être intéressant également. Si je n’en parle que très rarement, le porno queer et homosexuel ont aussi des choses à dire. S’il nous arrive d’en consommer, nous nous sentons pas trop légitime à en parler. D’ailleurs, je ne peux que vous inviter à nous contacter si vous voulez publier des choses sur la question ici. La non-binarité est un vrai sujet et peut tout à fait être mise en image tout en restant agréable à l’œil et excitante. Ce porno alternatif ouvre d’autres portes qui peuvent tout à fait ouvrir votre esprit également. La masturbation permet aussi de tenter de nouvelles expériences alors pourquoi pas ?

Quand j’évoquais le fait que le corps des femmes était très mis en avant dans le porno mainstream, il s’agit surtout de corps très normés. Des silhouettes qui finissent par toutes se ressembler. Finalement, c’est assez triste. Le monde est rempli de personnes toutes différentes et il est regrettable de passer à côté de toute cette diversité. Si c’est valable pour les femmes, ça l’est tout autant pour les hommes. S’il y a une chose que le porno amateur est capable d’offrir, c’est bien ça. Gros ou maigre, un corps peut être beau pour celui qui le regarde. Et si le porno nous aidait aussi à s’affranchir de nos complexes ? Il n’y a pas de règle dans le désir alors pourquoi il y en aurait-il dans le porn ?

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