Editroll #8 – Mars 2018 – Être une femme qui ne veut pas d’enfant

Une fois n’est pas coutume, cet éditroll arrive encore à la bourre mais c’est pour la bonne cause. Via les réseaux sociaux, j’ai pu discuter avec une femme qui ne désirait pas d’enfant. Comme c’est un sujet qui m’intéresse particulièrement et que la presse mainstream ne l’aborde pas (encore) beaucoup, il m’a semblé intéressant d’utiliser cette tribune pour lui donner la parole car c’est encore elle la mieux placée pour en parler.

NoKids - Childfree

– Bonjour, peux-tu te présenter rapidement ?
Hello ! J’ai 38 ans, je suis bien dans mes baskets, freelance depuis 4 ans, pas d’antécédents psychiatriques.

– Qu’est-ce qui t’a conduit à ne pas avoir/vouloir d’enfant ?
Un jour, j’étais en embrouille avec mon mec du moment, on habitait à 200km l’un de l’autre et je lui ai proposé de me rapprocher (moi je voulais me trouver un job dans sa ville & prendre mon appart) lui a compris que je voulais venir vivre avec lui. Il m’a dit « tu te rends compte ce que tu me demandes, de m’engager, de vivre ensemble, envisager les enfants et tout ça ?! » – là je suis restée coite. J’avais 28 ans à l’époque et l’idée ne m’avait pas frôlé un quart de seconde – je voulais juste arrêter de me taper 400 bornes aller / retour pour le voir. Ça été le déclic, je me suis dit : ben non j’ai pas envie de faire des mômes !

– Dans la vie de tous les jours, tu rencontres des difficultés ou de l’incompréhension de la part de ton entourage ?
Alors dans la vie de tous les jours ça va, dans mon entourage (amis et coworkers) je suis classée dans la catégorie « toi ça va, on sait ce que tu penses des mômes ». Pour les inconnus, j’ai le droit à des « ah ben t’as le temps » ou des moues dubitatives.

Hier je mangeais avec 7 hommes dans un espace commun où je bosse de temps à autre. Une nana du bâtiment arrive avec sa gamine dans les bras, elle me regarde les yeux brillants genre : « regarde ma plus belle réussite » – j’ai haussé un sourcil et je suis retournée à ma conversation avec les mecs. Si on me demande mon avis je réponds « merci mais non merci, j’aime ma liberté, ma vie – j’ai plus d’ambition dans la vie que de repeupler la planète ». On me laisse tranquille après ça en général.

– J’imagine que tu as déjà eu des discussions avec des femmes qui voulaient des enfants ?
Houlala oui… Moult. Il y a celles qui comprennent très bien mais qui disent « si tout le monde fait comme toi, où ira le monde ? » – (pensée intérieure : à sa perte, de la même façon qu’en faisant des enfants…).

Celles qui te disent :
Que tu ne seras jamais une vraie femme, car c’est notre rôle (oh putain on est réduite à un utérus ?)
Qui ajoutent en général « Qui va s’occuper de toi quand tu seras vieille ? »
Qui repassent une couche avec « C’est parce que tu n’as pas trouvé le bon »
Qui terminent avec « t’es vraiment une égoïste ». Véridique.

Celles-ci je les supporte 10 minutes en général. Je me contente de leur dire que :
1) J’ai d’autres ambitions que de me reproduire dans la vie.
2) Que mon ego va bien, il n’a pas besoin de se reproduire.
3) Que ma vie est parfaite, je n’ai pas besoin de pondre pour mettre sur les épaules de mon enfant des rêves que je n’ai pas réalisé, des frustrations que je n’aurais pas résolues.
4) Que « le bon mec » ne va pas me lobotomiser en effaçant complètement mes idées sur le sujet mais plutôt me prendre comme je suis et donc accepter que les enfants avec moi c’est NON.
5) Que les maisons de retraite sont pleines de parents délaissés et abandonnés par leur chère progéniture pour laquelle ils se sont saignés toute leur vie.
6) Je suis égoïste ? Pas plus que certaines qui font des gamins pour donner un sens à leur vie / garder leur mec / sauver leur couple / les martyriser et les traumatiser à vie. J’ai au moins le mérite d’épargner d’ajouter un malheureux de plus dans ce monde de dingue !

Tu m’as dit avoir pratiqué les sites de rencontres, tu peux nous en parler ?
Attention dossier… Hihihi. J’ai testé Adopte (NDLR : Nous aussi.) plusieurs fois, j’ai renoncé depuis et Meetic une fois. Je me suis dit « sois toi, de toute façon t’es pas là pour jouer les actrices ». Crois-le ou non, le fais d’avoir testé une description avec / sans : « je ne veux pas d’enfant, jamais. Les papas en recherche de la mère ou de la belle mère parfaite, passez votre chemin, je ne suis pas celle-ci » c’est le jour et la nuit.

Certains mecs (déjà pères) me contactaient quand même en me disant « mais tu n’es pas normale, c’est pas commun, comment c’est possible ? ». Certains pères ont su passer au dessus en disant que leurs enfants avant déjà une mère et que c’était très bien ainsi. Avec le temps, mon désintérêt avéré pour leur progéniture finissait quand même par les faire chier – c’est pas faute de les avoir avertis (environ 50 fois) avant. Bref, ils tentent. En vain.

J’ai aussi eu des chéris dans la vraie vie qui voulaient des enfants, « ben non tu vois là, j’ai cassé la machine-à-bébé, affaire classée ». Heureusement il y a aussi des mecs qui n’en veulent pas / plus, dans la vraie vie et sur les sites de rencontre. Ils sont TROP RARES – où êtes vouuuuuus ????

– Tu as choisi de te faire stériliser, tu as rencontré des difficultés ?
Je me suis fait stériliser à 32 ans. À l’époque j’étais en couple avec un homme de 22 ans de plus que moi et belle maman de sa fille de 22 ans. Lui m’avait proposé de faire une vasectomie, je lui ai dit qu’il faisait ce qu’il voulait de son corps et j’entendais faire de même avec le mien. Il était d’accord avec ça.

Je déménage pas mal, du coup j’ai pris au hasard une médecin généraliste femme dans l’annuaire pour lui poser les dernières questions (prise en charge, chaine de décision…). FBI – Fausse Bonne Idée. J’ai eu le droit à un laïus pro-nataliste et un discours sur comment ses enfants, à elle, lui avaient permis de s’épanouir dans sa vie. Je lui ai répondu calmement que « j’étais très heureuse pour elle que ses enfants lui aient fait un bien fou mais que moi je ne voyais pas mon épanouissement de la même façon ». J’ai recentré le débat en lui demandant si j’avais besoin d’une ordonnance de sa part pour aller voir un chirurgien, elle m’a dit non. Fin de la conversation.

La première chirurgienne que je suis allée voir m’a dit « je comprends votre démarche, mais je refuse de pratiquer cette intervention, vous êtes jeune, vous pouvez changer d’avis ou de mec et le prochain voudra peut être un enfant » – Ben oui, moi je dois dire AMEN à mon mec, c’est bien connu.

Du coup j’ai dit « Je comprends votre démarche, mais je connais mes droits, vous pouvez refuser de m’opérer mais vous devez m’orienter vers un de vos collègues qui lui acceptera de le faire ». Elle m’a rappelé le soir même pour me donner le numéro de celle qui l’a fait. Putain faut rien lâcher je vous le dis.

– Aurais-tu des conseils pour quelqu’un qui aimerait entamer cette démarche ?
Ne rien lâcher. La « stérilisation à visée contraceptive » est légale, prise en charge à 100 % par la sécu, sans effet secondaire et niveau douleur c’est 3/4 jours tout à fait supportables. Bref, ne vous laissez pas démoraliser par ceux qui « veulent votre bien ». (Téléchargez le livret « Stérilisation à visée contraceptive »)

– Pour la plupart des gens, faire des enfants c’est « normal ». Qu’aurais-tu à leur répondre ?
On me demande souvent pourquoi je ne veux pas faire d’enfant, ce serait intéressant de demander à ceux qui en font, pourquoi ils en font. Je pense que leurs réponses seraient très intéressantes, ils n’y pensent souvent même pas eux-mêmes. Genre « c’est normal quoi ». Petit mouton va…

– Qu’est-ce que le fait d’être childfree t’as apporté dans ta vie ?
Eh bien ça m’a évité des « putain merde j’ai du retarrrrrd », ça m’est arrivé une fois et le beau gosse avec qui j’étais à l’époque n’aurait pas aimé non plus que nos galipettes se soldent par un grumeau.

Ça m’a permis de faire plein de trucs géniaux sans me soucier de la rentrée scolaire ou de l’avenir de mes gosses : voyager sur un coup de tête, déménager partout en France en plaquant tout, partir en vacances pas chères hors vacances scolaires, monter ma boite et me dire que je peux manger des pâtes si ça foire, claquer plein de blé dans les tatouages, éviter l’épisio et me faire déchirer la chatte par un monstre de près de 3,5Kg, être une belle mère détestable, car inflexible au chantage infantile, m’offrir bientôt une moto plutôt que de claquer 350€ dans une console de merde pour le petit dernier. Mes neveux m’appellent « Tata Cruelle » mais ils m’adorent, on peut être ferme, mais juste.

– Penses-tu qu’il y a un manque d’information sur cette communauté de gens qui ont fait ce choix ?
Les informations sont présentes, de plus en plus et grâce aux réseaux sociaux on peut désormais discuter avec des personnes qui ont les mêmes idées. Les groupes de childfrees sont nombreux sur Facebook et on trouve aussi des groupes de discussions sur la stérilisation à visée contraceptive, mais tu sais les vrais soucis sont :
– La politique pro-nataliste
– L’éducation (religieuse ou pas) qui nous rabâche depuis des siècles que le rôle des femmes c’est de pondre, donner la vie.
– Les femmes qui n’osent pas assumer que non, c’est pas leur came les gamins, ok c’est chiant de se justifier mais assume-toi ma grande, ils finiront bien par s’y faire !
– Les médecins qui se prennent pour notre père, leur rôle c’est de nous informer de façon exhaustive sur les risques d’une intervention chirurgicale et sur le côté irréversible d’une stérilisation – POINT BARRE. Le reste ils le gardent pour leur brunch au golf de dimanche prochain.

– Quelque chose à rajouter ?
Je ne suis pas une « féminazie », ni une féministe militante, j’ai des frères et sœurs, des potes qui ont des enfants et d’autres qui n’en ont pas. J’ai donné des cours en prison à des jeunes, des cours de soutien scolaire en ZUS à des collégiens… Je suis une personne saine d’esprit et mes potes me disent que je ferais surement une mère géniale si j’avais des mômes.

Vous savez quoi ? J’ai bien trop de cœur pour mettre un humain de plus dans ce monde de fou, croyez-le ou non, c’est sensé de ne pas faire d’enfant, c’est surement plus réfléchi que d’en faire. J’assume et j’en suis heureuse, sereine – n’en déplaise aux rageux.

Pour aller plus loin sur le sujet :
La contraception définitive facilitée
Contraception définitive : comment cela se passe ?

Merci à toi pour nous avoir donné un peu de ton temps et d’avoir répondu à nos questions. Nous, on se retrouve (normalement) au mois de avril pour un prochain éditroll tout aussi intéressant !

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