Entretien avec des blackhats du porno : comment devient-on hacker du sexe sur Internet ?

L’industrie du X est une vraie manne financière pour certains acteurs du milieu. Se faire une place dans ce secteur lorsque l’on est indépendant relève souvent du miracle. Attirer des visiteurs sur un site est un métier à plein temps et il arrive un moment dans la vie d’un webmaster où il faut faire un choix, suivre les règles à la lettre et être whitehat ou se dire que les règles sont faites pour être brisées et se tourner vers le côté obscur en devenant blackhat.

Hacker

En 15 ans de web, j’ai vu bon nombre de SEO changer leur fusil d’épaule tant l’hégémonie de Google impose trop de choses et, bien souvent, pour des résultats décevants. Malgré les discours officiels, le porno sur Internet ne subit pas les mêmes traitements que le mainstream. La culture américaine ayant un réel problème avec le sexe et la nudité, il n’est pas toujours facile d’obtenir une visibilité méritée. De nombreuses heures de travail sont souvent gâchées par des algorithmes trop frigides ou des markets qui refusent d’être assimilés de près ou de loin à la culture porn.

J’ai pu poser quelques questions à des « spécialistes » du spam et des techniques borderlines et l’élément déclencheur qui revient régulièrement, c’est le ras-le-bol du manque de résultats sur les moteurs de recherche et les plateformes sociales malgré un respect des guidelines. Concrètement, à force de guéthoiser le porn et de lui faire perdre sa visibilité, certains webmarketeux se sentent obligés de franchir la ligne rouge.

On peut les comprendre, ceux qui maintiennent des pages Facebook, par exemple, savent combien il est complexe de toucher son audience. Il faut bien comprendre que dans le domaine du sexe, la difficulté est multipliée par trois. Censure, filtres et dénonciation sont le lot quotidien de ces travailleurs. Ce manque de fairplay induit inévitablement à dépasser les limites en utilisant des techniques de spam afin d’obtenir de la visibilité.

Un des webmasters que j’ai interrogé s’est fait une spécialité du « click jacking », une technique qui consiste à forcer l’Internaute à « aimer » une page Facebook grâce à un JavaScript placé sur ses sites. Avec un trafic confortable, une page qui se fait fermer n’est pas un problème puisqu’il lui est possible d’en créer une autre dès le lendemain et d’obtenir du trafic rapidement. Dans les faits, la modération est parfaitement inutile ici, seule une solution technique permettrait d’éviter à ces Internautes de tomber dans « le piège » (le plus efficace étant de bloquer totalement le domaine facebook.com dans son navigateur). Mais tant que ça fonctionne…

Bien sûr que c’est interdit ! Soit par la loi soit par les CGU mais m’imposer des règles c’est me donner l’envie de les contourner.

Pour parler d’un sujet que je connais mieux, un SEO a fait du spamindexing son activité principale. L’idée étant de créer une multitude de sites dont le contenu est généré par des robots ou des programmes. Pour lui c’est devenu un jeu, contourner le fonctionnement des algorithmes de Google et lui faire croire que ces sites sont pertinents est devenu son but. Et ça fonctionne ! Un site totalement automatisé peut atteindre entre 1000 et 5000 visiteurs uniques en quelques semaines. C’est assez fou quand on sait le travail que demande un blog pour obtenir un tel trafic. Il a même créé ses propres bots qui vont voler du contenu sur d’autres sites et les mélangent entre-eux pour générer de nouveaux textes. En quelques heures, il peut lancer un site avec plus 10000 articles de 1000 mots, le tout sans s’attirer les foudres des sites pillés puisqu’il arrive à créer de nouveaux contenus. Selon lui, ses sites ne font pas de duplicate content et ne parasitent pas les sites originaux. Il ne m’a pas convaincu mais admettons.

Légalement, tout cela est très limite mais c’est le monde des blackhats. Ils ne respectent pas les règles et tentent de s’en sortir autrement. Obtenir de la visibilité sans être vu, voilà un peu à quoi jouent ces hackers du sexe. Bien entendu, ces sites sont créés avec l’idée d’afficher le plus de publicités possible et là encore, les webmasters ne manquent pas d’idées pour tromper et détourner le fonctionnement des régies et des sponsors. L’affiliation fonctionne, généralement, grâce à des cookies. Si vous passez par un affilié pour acheter une vidéo, le fournisseur de contenu saura quel est le webmaster qui lui a envoyé un client grâce à ce petit fichier utilisé par votre navigateur. Si un jour vous tombez sur un des sites de ce type, croyez-moi qu’il laissera quelques souvenirs dans votre cache et déposera un bon nombre de ces cookies. Je vous passe aussi sur les affichages factices de publicités qui sont masquées sur le site mais qui permettent de faire exploser le CPM.

Difficilement joignables, ces mecs utilisent des mails temporaires et changent de pseudo tous les mois. Je n’ai pas réellement voulu rentrer dans les détails avec eux, me contentant des aspects techniques, de toute façon, ils ont déjà disparu de la circulation et je serais bien incapable de les retrouver. Toujours dans l’ombre, un troisième webmaster a bien voulu m’expliquer comment il travaillait. Concrètement, il passe ses journées à lancer de nouveaux sites sachant pertinemment qu’un jour ou l’autre ils se feront blacklistés sur les moteurs de recherche. Fausses identités, serveurs multiples, localisations diverses et variées, il frappe sur tous les fronts. Selon lui, Google connait l’identité des webmasters et pourrait les ficher selon leurs méthodes de travail.

Allant jusqu’à créer des sites de sociétés qui n’existent pas ou des CV en ligne de personnes fictives, tous les moyens sont bons pour obtenir du backlink et de la visibilité. Un job jusqu’à 12h par jour. Ces hommes là sont des passionnés qui aiment jouer avec le feu et sont capables de disparaître aussi vite qu’ils apparaissent. Au delà de l’aspect technique, le fait est que la censure systématique entraîne ce genre de dérives. Bien entendu qu’il ne faut pas mettre la pornographie à la vue de tous mais la bloquer complètement pousse à braver les interdits.

Pour ma part, j’ai toujours été whitehat, parce que je suis suffisamment con pour avoir une éthique, mais aussi parce que j’ai toujours conçu mes sites avec une vision à long terme mais il faut bien avouer que lorsqu’un algorithme de Google décide que votre site ne mérite plus son trafic pour une raison totalement inconnu, on se remet en question… Je tiens bon !

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Acteur du web depuis 1995, j’ai lancé ce site en 2009 et, aujourd’hui encore, je continue à l’alimenter en parlant des choses qui m’intéressent comme la musique, le cinéma, les jeux vidéo et, bien évidemment, le sexe.

2 Commentaires

  1. Tu enfonces des portes ouvertes mais l’aspect technique est intéressant. La pornographie est un secteur concurrentiel et je pense tout comme toi que c’est la censure à outrance qui favorise ces comportement. Dans les secteurs mainstream où il y a de la concurrence, on voit moins de bh et plus de seo qui travaillent dur leurs contenus et les netlinking.

  2. J’enfonce des portes ouvertes pour ceux qui sont dans le business. 😉

    L’avantage du mainstream c’est que tu n’as pas réellement besoin de faire plein de bruit pour espérer être entendu. Tu peux tout à fait faire une page sur l’immobilier sur Facebook sans rien craindre. Dans mon cas, j’y suis présent mais je ne passe pas mon temps là dessus car je sais pertinemment qu’un jour je vais me faire censurer (même si je ne publie rien de pornographique).

    En tant que WH, je ne porte pas de jugement sur cette communauté BH, ils ont leurs raisons. Il m’est arrivé d’être confronté à un webmaster qui copiait totalement le contenu de mon site, je lui ai envoyé un mail et il a rapidement tout supprimé. Au pire j’aurais fait un spam report, je ne pense pas qu’ils ont envie de perdre leur temps avec des problèmes de ce genre ou juridiques.

    Pour ce qui est du travail, les gens dans le porn bossent beaucoup, justement à cause de ce manque de visibilité.

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