Filtrage des sites porno : et si on arrêtait de faire de la merde ?

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Alors que le gouvernement vient de faire passer son amendement concernant le blocage des sites porno au forceps. Se pose alors la question technique de la mise en place d’un système de vérification d’âge à l’entrée des sites pour adultes.

Prison

Age ID et France Connect illégaux

La principale solution proposée par le gouvernement concerne France Connect qui, sur le papier, permet d’identifier une personne. Parmi les données qui auraient pu être utilisées, l’âge était, effectivement, disponible pour les développeurs au travers d’une API. Le reste du code étant fermé, ce système opaque soulève plus de questions qu’il ne résout de problèmes. Souhaitons-nous qu’un gouvernement puisse avoir accès aux sexualités de ses citoyens ? La réponse est clairement non.

« Le traitement des données à caractère personnel […] aux fins d’identifier une personne physique de manière unique, des données concernant la santé ou des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle d’une personne physique sont interdits. »

Pour éviter ce genre de dérives, le RGPD propose justement une protection de ces données très sensibles de l’ordre de l’intime. Concrètement, cela veut dire qu’il est illégal d’identifier une personne sur un site qui traite de sexualité ou qui diffuse de la pornographie. Ceci implique donc que l’utilisation de France Connect ou d’un Age ID est impossible en Europe.

La carte bancaire

L’autre solution qui a été évoquée concerne l’utilisation de la carte bancaire. Encore une fois, sur le papier, cela permet de s’assurer que le visiteur est bien majeur. Ici le problème est que l’ensemble des organismes de paiement refusent de travailler avec des services relatifs au sexe et/ou à la pornographie. C’est donc une système qui ne pourra pas être mis en place partout. Tout le monde ne s’appelle pas Dorcel, il sera donc impossible pour la plupart des sites indépendants et gratuits de se tourner vers cette solution.

Les travailleurs du sexe ayant déjà bien du mal à ouvrir un compte professionnel dans les banques, on imagine mal MasterCard ou Visa nous ouvrir soudainement leurs portes. Concrètement, la carte bancaire n’est pas non plus envisageable pour une grande partie des blogs et sites qui parlent de sexe ou de pornographie. Autant dire qu’il n’existe aucun moyen pour vérifier l’âge d’un Internaute afin qu’il puisse accéder à son contenu.

Filtre parental bancal

On l’avait déjà évoqué ici, les outils de filtrage sont déjà disponibles chez tous les FAI. Une obligation initiée par la loi pour la confiance dans l’économie numérique en 2004. Après en avoir discuter avec quelques personnes, il s’avère qu’ils sont un peu trop efficaces. Les filtrages semblent se baser sur des mots clés, coupant l’accès à des sites sur l’éducation sexuelle qui pourraient être intéressants pour les jeunes adultes, par exemple. Il n’y a pas réellement moyen d’ajuster les curseurs, ces filtres sont essentiellement utiles pour les tout petits mais peuvent devenir moins pertinents pour les adolescents.

Pour moi, c’est plutôt sur cette question qu’il faudrait travailler. Pourquoi ne pas imaginer un outil commun à tous les FAI, open source qui permet de mieux ajuster les filtres en fonction de l’éducation que l’on veut donner à ses enfants et en fonction de leur âge ? On peut aussi évoquer sa gratuité car les FAI proposent ces filtres parentaux en option payante. En centralisant les efforts sur un seul outil, on en diminuerait les coûts. Il semble essentiel qu’un outil simple et unique soit mis en place de manière à faciliter l’éducation des parents sur cette question.

Pourquoi faire compliqué ?

Depuis les débuts du HTML, la question de l’accessibilité des contenus avait été posée. C’est pour cette raison que la balise meta rating avait été mise en place. Une simple ligne de code permettait d’identifier le type de contenu de n’importe quelle page. Bien qu’elle soit un peu tombée en désuétude, elle peut tout à fait être remise à l’ordre du jour, en concertation avec le W3C.

Son fonctionnement est plutôt simple, il suffit d’apposer cette meta dans l’entête du code : <meta name="rating" content="mature">. Il est ensuite possible de définir le type de contenu de la page : general, mature, restricted, adult, 14 years et safe for kids. Ici, c’est le site lui-même qui définira qui peut accéder ou pas à ses pages. Un créateur de contenu est le plus à même de savoir à qui s’adresse son site. Rendre obligatoire cette balise permettrait de mieux identifier les contenus et un filtre commun aux FAI pourrait utiliser cette information et offrirait un réglage plus fin au bon vouloir des parents. Travailler dans ce sens avec l’industrie serait aussi un signe de confiance avec les professionnels et les contrevenants pourrait être éventuellement bloqués. Un système plus juste, selon moi.

Le CSA pourrait alors travailler avec les sites et de proposer des réajustements aux webmasters s’ils estiment que la balisage n’est pas correct et de sanctionner en cas de refus. Le dialogue reste important afin de définir ce qu’un jeune adulte est en droit de voir ou pas.

La confiance coûte moins cher que le flicage. C’est un fait. Croire que les principaux acteurs de l’industrie adulte ne se soucient pas de cette question de l’accès des mineurs aux sites porno est une erreur. La censure de masse proposée par le gouvernement est malsaine et ne fera pas avancer les choses. Il est temps d’écouter les travailleurs du sexe et de laisser de côté ceux qui font de lobbying et qui ne seront pas ou peu concernés.

On fait quoi ?

Pour moi, il est indispensable de rester à l’écoute de ceux qui font le web. Depuis le début, cet amendement est vivement critiqué de toutes parts et à juste titre. Il ne répond clairement pas aux attentes des professionnels et des parents qui se retrouvent bien en peine de ne pouvoir proposer une solution claire à leurs enfants. Filtrer par défaut les sites pour adultes pourrait être une bonne idée mais il faut que ce soit fait de manière intelligente. Ici, ça n’est pas le cas.

J’ajouterais aussi que cet amendement n’avait rien à faire dans un texte de loi qui vise à réduire la haine en ligne. Une fois de plus on stigmatise le sexe pour des raisons plus ou moins morales en évitant bien de parler d’éducation sexuelle des jeunes adultes qui, justement, se sont réfugiés sur les sites porno parce qu’on ne leur a jamais rien expliqué. Il serait aussi intéressant de leur demander leur avis, pour les avoir directement interrogés, ils semblent bien plus matures que certains adultes sur ce sujet.

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6 Commentaires

  1. Evidemment, personne n’a envie d’être bloqué et déréférencé. J’ajouterais que l’audience des mineurs n’est intéressante pour aucun site adulte. Ils n’ont pas de CB pour la plupart et ils ne paieront jamais pour aucun service. Un site pour les adultes cible avant tout les adultes avec un pouvoir d’achat.

    Cette audience de jeunes adultes nous coûte plus qu’elle ne rapporte.

  2. Par contre, j’aimerais qu’on m’explique comment Dorcel en est arrivé à la conclusion que la pornographie pouvait avoir être considérer comme des violences faites aux femmes. Je sais que leur porn est pas génial mais il est si dégradant que ça ?

  3. Je sens poindre un troll ici. Plus sérieusement, c’est clairement le message qu’envoie cet amendement, justement, soutenu par Dorcel. C’est tellement surréaliste comme posture, c’est dingue.

  4. C’est tout de même intéressant que personne ne s’est penché sur la question de la présence de Dorcel sur les box Internet accessible à toute la famille au milieu du salon. Si on suit cette logique, cette entreprise introduit la pornographie dans la plupart des foyers de France, il faudrait peut être bloquer ça aussi, non ?

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