Il y a un problème avec le porno sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux et la pornographie, c’est une longue histoire qui remonte à très loin dans l’histoire du web. Déjà, à l’époque, MySpace devait faire face au phénomène car de nombreuses pornstars y créaient leur profil pour rester en contact avec leurs fans. La culture américaine, très puritaine, est-elle en train de s’imposer à l’ensemble du monde ?

Kelsi Monroe

On se souvient de la polémique qu’avait provoqué Facebook lorsqu’il avait censuré « L’origine du Monde » de Gustave Courbet, une oeuvre importante de la peinture qui représente le sexe d’une femme en gros plan. On s’était alors indigné de la manière dont les réseaux sociaux traitaient le corps de la femme et plus généralement de la nudité même lorsqu’elle avait un but artistique.

Si à une époque, pas si lointaine, les publicitaires n’hésitaient pas à mettre une femme nue pour nous vendre du yaourt ou de la lessive, aujourd’hui, les marques sont devenues frileuses à l’idée de s’afficher à côté de contenus adultes. Soyons clairs, les consommateurs se branlent et baisent. Les utilisateurs de PornHub ont de l’argent et c’est bien pour ça que l’on commence à voir quelques campagnes marketing « mainstream » sur cette plateforme de streaming.

Oui, il y a un problème de pornographie sur les réseaux sociaux mais, fondamentalement, c’est cette censure excessive qui l’a créée. Très actif sur ces sites, j’ai remarqué que bon nombre de webmasters finissaient par abandonner l’utilisation sérieuse de ces réseaux pour se tourner vers le spamming, plus efficace et plus rentable. Pourquoi ? Tout simplement parce que, même si vous respectez les règles, il y a toujours cette épée de Damoclès au dessus de votre tête et à tout moment, vous pouvez vous faire supprimer vos contenus.

Une chasse aux sorcière injustifiée et un dialogue fermé. Inutile d’essayer de discuter avec des responsables de Facebook ou Google, la réponse sera toujours la même, le porno c’est le mal et c’est interdit. On en arrive à des situations vraiment désagréables où parler de sexe devient tabou et est considéré comme quelque chose de malsain. Non, la sexualité fait partie de la vie et elle ne devrait pas être considérée comme elle l’est actuellement sur l’ensemble des réseaux sociaux.

Il serait, je pense, intéressant d’ouvrir le dialogue, justement. L’industrie du X et la pornographie est, que cela plaise ou non, en train de rentrer dans la culture populaire. La censure est dangereuse, aujourd’hui c’est le sexe et demain ? En travaillant main dans la main avec les acteurs du secteur, il serait tout à fait possible de mettre en place des outils permettant de diffuser son contenu sans pour autant l’imposer à ceux qui ne souhaiteraient pas y faire face. Par exemple, Facebook propose de définir un âge minimum pour pouvoir consulter certaines pages, si la règle est respectée, il n’y a plus de problème. Pourtant, et malgré cette précaution, le moindre téton (de femme) qui apparaîtrait sur image sera immédiatement supprimé.

Certains réseaux alternatifs comme Framasphère* ou Framapiaf, (basés, respectivement, sur Diaspora* et Mastodon) ont pris les devants et vous pouvez tout à fait publier des choses « NSFW » en prenant soin de les marquer comme tels avant de les partager. Pour utiliser quotidiennement ces deux réseaux, j’affirme qu’il n’y a pas de problème de pornographie et encore moins de spamming. Bien entendu, il y aura toujours des imbéciles pour profiter du système mais ils ne font, généralement, pas long feu.

En y réfléchissant sérieusement, on réalise que le « problème pornographie » ne vient pas des contenus eux-même mais plutôt de la manière dont ils sont traités. Plus la censure est présente et plus on voit apparaître des publications indésirables. Une chose que je constate sur Google+ lorsque je « tente » de faire une recherche sur le sexe, les premiers résultats qui remontent sont généralement des comptes de spam ou des utilisateurs fakes qui tentent de vendre du dating (qui s’avèrent être des arnaques).

Lorsqu’un utilisateur fait une recherche explicite, il n’y a pas de raison de censurer les contenus. Cette politique malsaine que l’on voit sur la plupart des réseaux sociaux est à l’origine de tous les problèmes. La sexualité et la pornographie peuvent tout à fait cohabiter avec les choses plus « respectables », il suffirait juste de s’ouvrir un peu plus et donner les outils (ou d’utiliser ceux existants) aux créateurs de contenus qui pourraient tout à fait jouer le jeu.

Twitter reste l’un des derniers havre de paix pour l’industrie adulte, bien que les choses soient en train d’évoluer, ce réseau devrait, je crois, se concentrer sur les problèmes de spamming et des comptes automatisés. On peut indiquer qu’un compte est réservé à un public majeur, il suffit juste de ne pas y afficher de publicités. C’est aussi simple que ça. J’irais même plus loin en proposant une option aux annonceurs qui permette de diffuser leurs contenus sur ces comptes s’ils le désirent.

Dans le fond, le problème n’est pas si complexe et les outils sont généralement déjà existants. La censure systématique n’est pas nécessaire. Tumblr ou Twitter ont une approche assez intéressante, d’ailleurs. Plutôt que d’éjecter les utilisateurs à tour de bras, ils ont mis en place des systèmes qui permettent de protéger les comptes adultes. Dans la pratique ça fonctionne plutôt bien.

PARTAGER

Acteur du web depuis 1995, j’ai lancé ce site en 2009 et, aujourd’hui encore, je continue à l’alimenter en parlant des choses qui m’intéressent comme la musique, le cinéma, les jeux vidéo et, bien évidemment, le sexe.

7 Commentaires

  1. Tu n’en parles pas mais Reddit a réussi à faire cohabiter les contenus mainstream et l’adulte. Ça ne semble pas trop leur poser de problèmes en terme de rentabilité. Le soucis est politique, les conservateurs américains ont trop de pouvoir et seraient capables de complètement interdire certains réseaux sociaux.

  2. NON. Le problème ce sont les utilisateurs qui acceptent cette politique de censure massive (et pas uniquement pour le porn) et continuent à utiliser ces réseaux sociaux de merde alors qu’il y a plein d’alternatives libres, ouvertes et qui n’exploitent pas les données personnelles. On peut aussi parler du filtrage arbitraire des actualités sur Facebook.

  3. @Marc : Ce n’est pas faute d’essayer de faire de l’évangélisation mais Messenger c’est trop lol avec tous ces stickers. Il y a beaucoup de paresse intellectuelle surtout, les gens ne voient pas le risque, « je n’ai rien à cacher », combien de fois j’ai entendu ça…

    La prise de conscience est difficile car Facebook a toujours une image « cool », un peu comme Google.

  4. Pourquoi ne pas tenter d’ouvrir le dialogue sur les forums de Google ? Il y a des gens de l’équipe webspam qui répondent régulièrement.

  5. Lorsque je signale des contenus sur Google+ c’est moi qui me prend un strike. Il n’y a pas de dialogue possible. Ils sont trop obtus sur le sujet.

  6. En parlant de Google, on devrait aussi faire une étude sur le traitement des sites adultes dans les résultats de recherche. Ils sont clairement déclassés et quand on voit le spam indexing de PornHub sur 90% des requêtes, on se pose des questions…

  7. J’imagine que ça les arrange bien que PH soit populaire. Ça leur évite de faire le tri et de créer des algos pour le porn. Après, la grande majorité des sites adultes sont nazes et ont un netlinking pourri. Il est très difficile pour un site porno de qualité de remonter dans les résultats car il n’obtient que très peu de liens sur les sites qui ont du poids.

    C’est lié à cette censure systématique partout sur le web, j’aurais tendance à recommander Bing, Qwant ou Duck Duck Go pour les recherches adultes, les résultats sont plus variés que ceux de Google.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here