J’ai passé 6 mois sur des communautés de dépendants au porno

Bien qu’il n’existe pas de réelle addiction à la pornographie sur le plan médical (basé sur la seule étude sérieuse de 2017). De nombreux hommes se retrouvent sur des communautés en ligne pour échanger sur leur surconsommation ou de leur hypersexualité (qui n’est pas toujours problématique, il est bon de rappeler). J’ai donc rejoint quelques uns de ces sites et groupes depuis novembre dernier. Mon idée était de comprendre comment on pouvait en arriver là.

Porno dépendance

Qui sont les “dépendants” au porno ?

S’il y a des cas réellement différents, dans l’ensemble, on a souvent à affaire à des personnes relativement isolées qui connaissent des périodes de chômage plus ou moins longues. Finalement, il s’agit des gens que la société laisse de côté et qui peuvent se retrouver confrontés à eux-même. Une catégorie sociale qui connait aussi un taux assez élevé de suicides. Autant dire que l’on a affaire ici à des personnes régulièrement dans une grande détresse. Il arrive aussi fréquemment de trouver des personnes en couple. Si certains cas peuvent être assez extrêmes, je dois bien avouer que j’ai quand même eu le sentiment que la masturbation était plutôt mal perçue au sein des couples (plot twist : ça n’est pas un problème) et, plus généralement, d’un manque de dialogue sur la question. Comme s’il était interdit de masturber lorsque l’on est en couple. Je crois que c’est un sujet qu’il faut aborder quand on vit à deux plutôt que de laisser une certaine frustration s’installer.

De ce que j’ai pu en voir, il n’y a pas réellement d’âge où le problème apparaît. Il y a toutefois des cas de personnes dans la vingtaine, qui sortent un peu de l’adolescence. Une période assez folle en terme hormonal et tout le monde ne gère pas le passage à l’âge adulte de la même manière. Si on peut considérer la masturbation régulière entre 15 et 20 ans assez “normale”, certains semblent penser qu’ils ont un problème. Encore une fois, on parle de personnes qui peuvent être assez mal dans leur peau et/ou isolées. Beaucoup de frustration pour certains cas plus âgés. Avec la baisse de libido inhérent au vieillissement, certains hommes se réfugient dans la masturbation pour compenser. Là encore, on a souvent à affaire à un manque de communication au sein du couple. Le tabou du sexe doit y jouer un grand rôle.

Isolement et dépression

Sur ces forums et ces communautés en ligne, les hommes se livrent à d’autres hommes qui se soutiennent entre-eux. Si c’est une manière de se sentir moins seul, j’ai tout de même constaté que la plupart des personnes ont de lourds symptômes de dépression chronique qui demanderaient un vrai suivi médical. Le souci ne semble pas être la pornographie en elle-même mais d’un problème de santé bien plus profond. La masturbation n’étant qu’un moyen de s’échapper de la réalité. Selon moi, c’est là où ces sites peuvent être dangereux, on parle de cas qui ont besoin d’être soigné et on cible le porno comme étant la source du problème. Rarement est évoqué la cause de ces comportements or c’est exactement là qu’il faudrait regarder.

Faut-il le rappeler ? La dépendance au porno n’existe pas, ces masturbations compulsives sont la résultante de problèmes beaucoup plus graves qui se doivent d’être pris en charge le plus rapidement possible. “C’est la faute du porno” n’est pas une réponse valable, la dépression est un sujet sérieux et j’ai tout de même le sentiment que l’on prend pour cible la pornographie pour des raisons plus ou moins morale alors que ces communautés sont remplies de personnes en très grande détresse. Une détresse qui peut aller beaucoup plus loin qu’une consommation élevée de porno.

La religion à la rescousse

S’il y a une chose qui m’a réellement choqué, c’est la présence de personnes religieuses sur ces communautés. Si j’entends bien que la spiritualité peut aider certains cas, j’ai régulièrement été abordé par des gens qui voulait me parler de Dieu. Difficile de dire à qui j’ai eu à affaire mais j’ai l’impression qu’il s’agissait de témoins de Jehovah (ou assimilés) à la recherche de personnes fragiles. J’ai souvent coupé court à ces discussions qui me semblaient réellement déplacés dans ce contexte.

Forum pornodependance

L’un des principal forum sur le sujet semble avoir pris conscience de la chose en proposant une section dédiée aux personnes en quête de spiritualité, si, selon moi, c’est une bonne chose, ça n’empêche pas certains religieux de contacter les membres. Il faut dire que le lieu est propice pour trouver de nouveaux “clients” dont la fragilité psychologique permet de recruter de nouveaux fidèles dans ces mouvements qui peuvent réellement être sectaires. Si je n’ai aucune animosité envers ces sites et groupes, je crois qu’il faut tout de même rester prudent par rapport à ce qui peut s’y passer parfois.

Un mauvais rapport au sexe

Pour être tout à fait honnête avec vous, les cas les plus extrêmes sont assez rares. Il y a effectivement des personnes qui passent le plus clair de leur temps à se masturber en regardant de la pornographie et qui semblent se couper du monde extérieur et de l’entourage. Je me demande si le problème n’est pas à prendre dans l’autre sens et si ça n’est pas cet isolement qui conduit à ces comportements. Là encore, c’est un suivi médical qui est nécessaire. De manière générale, ce qui ressort de ces communautés c’est le rapport au sexe qu’ont de nombreuses personnes qui témoignent. Il est souvent perçu comme problématique, tout comme les fantasmes que peuvent avoir certains hommes ou femmes. Le sentiment de honte y est souvent décrit. Pourquoi devrait-on avoir honte d’avoir des envies ? J’ai réellement l’impression que c’est le tabou de la sexualité et probablement le manque d’éducation sur la question qui font que certains cas pensent qu’ils ont un problème alors qu’ils ont juste des envies et/ou des fantasmes.

Ce qui est inquiétant c’est que beaucoup de membres dans ces communautés sont persuadés que c’est le sexe et la masturbation qui est au cœur de leurs difficultés. Il est bon de rappeler que l’on peut se masturber quotidiennement ou avoir des rapports sexuels tous les jours et avoir une vie équilibrée. Je crois qu’il y a souvent une mauvaise perception de ses envies et fantasmes pour de nombreux utilisateurs de ces sites. Réduire sa consommation de pornographie ne soignera pas une dépression. Car c’est bien de ça dont il s’agit ici. Ces comportements sont souvent mal compris et le véritable problème n’est que trop rarement évoqué. Pour moi, cibler la pornographie comme étant une drogue dangereuse ne résout en rien la détresse des gens qui viennent chercher de l’aide.

Maladresse ?

Encore une fois, je n’ai rien contre ces communautés en ligne. Elles peuvent effectivement aider certaines personnes à se sentir mieux mais, selon moi, l’approche n’est pas la bonne. Il faut bien comprendre que ça n’est pas la pornographie qui est le problème ici. C’est une résultante d’un enfermement qui peut provenir de plein de choses différentes que seul un professionnel de santé saura déceler. J’insiste bien sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une dépendance mais bel et bien de problèmes psychologiques qui peuvent être très graves. Les nombreux témoignages que l’on peut y lire décrivent souvent des symptômes d’enfermement, d’isolement et/ou d’un mauvais rapport envers sa sexualité. La libido et ses fantasmes ne sont pas toujours problématiques. Avoir des envies, même si elles sont “hors normes”, n’est pas toujours quelque chose de dangereux. On peut tout à fait vivre avec et même être épanoui grâce à elles.

Pour moi, ces communautés peuvent être une porte d’entrée vers des soins adaptés mais, malheureusement, la plupart des membres semblent être convaincus que leur problème est la pornographie et peut entraîner une certaine forme de mimétismes des autres membres (l’expérience de Asch est très intéressante, si le sujet vous intéresse). J’avoue ne pas m’être intéressé de savoir qui étaient les personnes derrière ces groupes et forums mais il serait pertinent de mieux cibler les problèmes de ces gens qui ont besoin d’aide. Je pense que ces sites et groupes ont le droit d’exister mais il faut rester prudent quant à leur utilisation. Si vous croyez avoir un problème, je ne peux que vous inviter à consulter votre médecin généraliste qui saura bien mieux cibler vos maux et vous guider vers un spécialiste. Pour moi, ces communautés sont souvent à côté de la plaque et si elle peuvent être utiles en soutien, elles ne remplaceront jamais l’avis d’un professionnel de santé.

Nous avons besoin de vous !

Tu as aimé cet article ? Tu peux nous soutenir en achetant l'un de nos t-shirts, faire un tour sur notre sexshop. Si tu n'as pas de thunes, tu peux aussi nous aider en partageant cet article sur les réseaux sociaux.

13 Commentaires

  1. J’ai été faire un tour sur les forums dont tu m’as parlé. Il y en a un qui a une section dédiée aux femmes. J’ai été choqué comment elles ont honte. J’ai lu un post sur une femme qui regardait du porno hardcore et qui croit qu’elle avait un problème. C’est fou. Tu penses qu’il y a des cas “non problématiques” dans le lot ?

  2. C’est un post récent, non ? Celui où la femme se mate du porn alors que son mec est parti en virée avec ses potes ? Ouais, clairement, c’est ce que je dis dans l’article. Typiquement cette personne a des envies et elle a juste un peu honte de ses fantasmes et boom : accro au porno. Evidemment, la communauté en remet une couche derrière. C’est triste.

    Je dirais qu’il y a quelques “faux positifs”, effectivement. J’ai vu pas mal des gens qui ont juste une grosse libido et leur partenaire ne suffit pas à les “contenter”. Alors ils se branlent. J’ai du mal à percevoir le problème puisqu’ils ont l’air d’avoir des vies plutôt normales en fait.

  3. J’ai longtemps pensé que j’avais “un problème”. Finalement en parlant avec ma meuf, j’ai réalisé que j’avais juste beaucoup plus envie de sexe que elle. La communication dans le couple, ça résout pas mal de choses. Ma copine regarde aussi du porno de temps en temps. Des trucs que même moi je ne regarde pas mais ça reste de l’ordre du fantasme, on a pas de problème avec ça. Parfois on aime bien faire nos “trucs” chacun de notre côté parce qu’on a pas forcément des envies au même moment, c’est pas très grave.

  4. Dans le couple, ça dépend surtout comment on appréhende le truc. Si ton/ta partenaire se masturbe quand tu n’as pas envie, c’est pas franchement très grave. Il y a beaucoup de témoignages comme ça. C’est juste que, effectivement, les envies sont pas synchro.

    Ca n’est pas tellement ces cas qui m’inquiètent mais plutôt ceux qui s’enfoncent dans l’idée que le problème c’est le porno alors qu’ils ont clairement besoin d’une aide médicale.

  5. De ce que j’en lis, les gens sont en train de se convaincre entre-eux que le problème c’est le porn. C’est plus grave que ce que tu décris, en fait. A aucun moment, ils ne cherchent à résoudre les problèmes. On est plus au niveau d’une petite tape sur l’épaule en disant “c’est bien tu te branles plus”. Les mecs sont en dépression, pourquoi personne ne fait rien pour eux ?

    Je suis désolée mais ces sites sont DANGEREUX.

  6. Dans certains cas, c’est clair mais comme je l’explique, ça peut aussi être une porte d’entrée pour de vrais soins par la suite. Enfin, j’espère mais c’est vrai que la communauté n’aide pas vraiment les gens à s’intéresser à leurs vrais problèmes, convaincus d’une addiction.

  7. Mouais… C’est quand même à la limite de la non assistance à personne en danger. Hein.

  8. Je me permet de faire le parallèle avec le jeu vidéo. On parle souvent d’addiction dans ce cas alors que la plupart du temps il s’agit aussi de personne isolées. Jamais on ne parle des gens qui passent beaucoup de temps devant leur écran par passion. Je ne sais pas si c’est applicable à la pornographie.

  9. Pour ma part, je trouve le sexe passionnant. Alors pourquoi ça ne pourrait pas être une passion comme une autre ? Ah oui… La morale.

  10. Ce qu’il y a de bien quand on s’intéresse au sujet de la dépendance au porno c’est que toutes les sources sont des blogs obscures ou des vidéos de personnes qui ne sont pas dans le médical ou qui ont des sympathies pour les milieux religieux. S’il y a peu d’études sérieuses sur la question (si ce n’est celle que vous citez) c’est justement parce que les spécialistes ne voient pas l’intérêt de se pencher sur le sujet.

    Addictologue de métier, je peux vous dire que ce phénomène n’a rien à voir avec les cas que je traite tous les jours. Il y a quelques approximations dans cet article mais effectivement le sujet ici, ce sont les causes qui mènent à cette surconsommation de pornographie. Certaines études évoquent une transformation de certaines zones du cerveau mais la corrélation n’a pas forcément été faite. D’ailleurs, c’est aussi applicable à tout ce qui peut donner du plaisir comme le sport. Je doute fortement que cela puisse réellement agir sur le comportement tant ces transformations sont minimes.

    Dans ce genre de cas, on a trop tendance à appuyer sur les effets que sur la cause. L’analogie avec la drogue n’est pas pertinente non plus puisque il n’y a pas d’addiction physique dans ce genre de cas. Le seul vrai danger de la masturbation frénétique, c’est peut être le risque d’abîmer son sexe et encore.

    Au contraire de ce que le milieu des anti-porno et des religieux peuvent raconter, la masturbation a surtout des effets bénéfiques et aide même à lutter contre la dépression. Je ne dis pas que c’est la solution pour en sortir et que son abus est bon mais c’est loin d’être le problème majeur dans les cas qui sont décrits.

  11. Je crois que ces initiatives en ligne partent tout de même d’une bonne intention mais la démarche est maladroite. Ce sont des communautés probablement créées par des citoyens lambdas. L’enfer est pavé de bonne intention comme on dit.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here