La pornographie est-elle réellement discriminante ?

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Le porno “de niche” n’est pas franchement un phénomène nouveau. Afin de se démarquer, de nombreux producteurs ont multiplié les sites au début des années 2000 afin d’être présents sur une multitude de mots clés liés à certaines ethnies, sexualités ou genres. Ces mêmes mots clés sont devenus les fameux “tags” si chers aux utilisateurs des tubes. Triés et classés par thèmes, certaines minorités se sont alors vues hyper-sexualisées.

Femme noire nue

Sujet délicat s’il en est, la catégorisation des personnes peut tout à fait être discriminante. Toutefois il faut relativiser car tous les consommateurs de porno ne sont pas racistes, sexistes ou phobiques. Sur la plupart des plateformes de streaming, on trouve aisément les tags “asiatiques, “arabe”, “noir”, “transgenre” et tout un tas de terme du même acabit. Faut-il y voir une forme de discrimination ?

Sur-représentation blanche

Une chose est certaine : dans la plupart des porno on y trouve des personnes blanches hétéros. Un format assez banal disponible partout. Un archétype qui a été mis en lumière par xHamster en dévoilant sa “femme parfaite”. C’est le modèle de physique le plus plébiscité. Un phénomène qui entraîne, par exemple, des paies plus faibles pour les acteurs.trices noirs.es et des carrières plus courtes. On peut tout à fait s’interroger sur le fait que le racisme ne viennent pas forcément du tag “black” mais des studios qui préfèrent embaucher des blancs pour répondre à la demande.

On ne peut définitivement pas associer ces tags ethniques à du racisme. Dans la pratique, il permettent aussi de trouver des alternatives à ce porno formaté qui lui peut être considéré comme raciste puisqu’il s’agit d’un choix délibéré de ne pas montrer de minorités. Vous en conviendrez, nous sommes face à une question plus compliquée lorsque l’on gratte un peu plus qu’en surface. En supprimant cette catégorisation des personnes, on leur enlèverait aussi de la visibilité. Même si on aimerait plus de diversité dans les productions, dans les faits, ça n’est pas le cas.

Genres et sexualités

Le porno gay semble bien répondre à la demande. Du porno réalisé par des hommes, pour des hommes et avec des hommes. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Même si on y trouve des petits relents de stéréotypes raciaux. Dans son ensemble, les productions assez calibrés semblent satisfaire les viewers. On ne peut pas en dire autant du porno lesbien qui dans la plupart des cas répond à des fantasmes hétéros (Hey ! Les filles, allez découvrir Girls Out West !).

La bi-sexualité existe dans la pornographie mais pour tout ce qui concerne la diversité des genres, il faudra se tourner vers les porno Queer, très spécialisés. On imaginerait pourtant facilement ces personnes dans le mainstream mais elles sont souvent reléguées au porno alternatif et/ou féministe. On ne peut que se réjouir qu’il existe. Pour la production de masse, ces gens n’existent même pas. Invisible est le terme.

Les personnes transgenres sont très appréciées dans le porno mais à l’instar des lesbiennes, les productions sont calibrées pour une cible hétéro. Une fétichisation des “femmes avec une bite” qui attire de nombreux viewers. De l’autre côté de la barrière on trouve des choses comme Jock Pussy. A ce sujet, on ne peut que vous inviter à suivre Buck Angel qui est très impliqué sur cette question.

Fétichisation et transgression

La pornographie interracial est souvent montrée comme transgressif ou interdite. Une femme blanche qui couche avec un noir, c’est punk. Des studios comme Blacked s’en sont d’ailleurs fait une spécialité. Leurs vidéos rencontrent un véritable succès parce qu’il y a un véritable effort d’un point de vu technique mais le concept tourne toutefois autour de l’hyper-sexualisation de cette catégorie de personnes.

Dans un sens, on peut se réjouir de la représentation des noirs mais c’est peut être ce besoin de nicher les contenus qui peut être considéré comme raciste. Encore aujourd’hui, il faut faire l’effort de spécifier ses recherches à l’aide de ces tags ethniques pour rencontrer des minorités dans les scènes. Finalement, le porno est peut être un peu trop “blanc”. Ces mots clés sont-ils une réponse à cette sur-représentation ?

Le cas asiatique

Prenez le temps d’y réfléchir un instant. Avez-vous déjà vu un acteur asiatique dans un porno ? Les cas sont extrêmement rares. Le porno mainstream oublie complètement cette catégorie de personnes. Dans le même temps, les vidéos mettant en scène des japonaises sont très populaires chez nous malgré la censure des parties intimes. La fétichisation des femmes asiatiques est probablement la pire.

Montrant ces femmes comme fragiles et totalement soumises. Un délire qui va assez loin et, de mon point de vue, fait preuve de beaucoup de machisme. Le studio Asian Street Meat est l’exemple même de ce porno nauséabond qui ne devrait même pas exister. D’ailleurs, nombreux sont les viewers qui laissent des commentaires négatifs sous ces vidéos d’un autre âge.

Des pornstars arrivent à sortir un peu leur épingle du jeu, je pense à Asa Akira, pour ne citer qu’elle mais les femmes asiatiques sont réellement sous-représentées dans le porno mainstream. Cantonnées à des productions de niche, spécialisées dans l’asian.

Plus généralement, le racisme à l’encontre des personnes asiatiques semble être communément accepté. On le voit souvent dans l’Humour où les vannes passent sans problème.

Classification des corps

“Maigre” ou “grosse” sont autant de tags que l’on peut explorer sur les tubes. Le porno mainstream est très calibré sur cette question. Le physique athlétique et la poitrine généreuse est ce que l’on rencontre le plus mais il y a une véritable demande pour des alternatives. Les amateurs de “BBW” (Ndlr : “Big Beautiful Woman”) sont très nombreux et cette attirance pour les femmes grosses est encore “honteuse”. Jessie Sage en parlait dans cet article très intéressant de Ma Grande Taille.

Là encore, le mainstream ne montre presque jamais ces femmes qui ne rentrent pas dans ces critères stéréotypés des physiques que l’on se doit montrer à l’écran. La catégorisation permet aussi de leur donner de la visibilité. On regrette bien évidemment qu’elles ne soient pas acceptées partout mais cette forme de discrimination permet aussi de les mettre en avant grâce à ces tags.

C’est également vrai pour la diversité de poitrines qui peuvent exister, il y a, à peu près, un tag pour toutes les formes de seins. “Gros cul”, “plate” et j’en passe, sont autant de clés pour trouver autre chose que ces corps “parfaits” sur-vendus par l’industrie.

Discrimination positive ?

Si on parle beaucoup de porno féministe qui lutte activement pour représenter toutes les personnes dans leurs productions, les tubes offrent une certaine opportunité pour découvrir autre chose que ce que le mainstream a à offrir. On se désole de l’hyper-sexualisation ethnique mais le problème est très certainement plus profond que certains tags qui peuvent paraitre discriminants. Ces catégories permettent aussi de mettre en avant des minorités et des corps alternatifs. Une réponse à un porno formaté ? Peut être.

La sur-exploitation de certains clichés ne devraient plus exister mais nous ne vivons malheureusement pas dans un monde où tout le monde accepte tout le monde. Le racisme, la grossophobie et le sexisme font encore partie intégrante de notre société et la pornographie en est le triste reflet. Ces fameux tags peuvent être vus de différentes manières et si nous étions tous réellement égaux, nous n’en aurions probablement pas besoin.

Le sujet divise et c’est compréhensible mais une chose est sûre : il n’y a pas assez de diversité dans le porno mainstream. Les productions nichées montrent pourtant qu’il y a une réelle appétence pour ces belles différences.

A titre très personnel, je suis partagée. D’un côté on classifie les personnes et de l’autre on leur offre une certaine visibilité. Je suis très curieuse de connaitre votre point de vue sur cette question.

Sources :
Photographie par Saulius Rozanas
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3 Commentaires

  1. Sujet épineux. Il est vraiment difficile d’expliquer pourquoi on est plus attiré par un physique par rapport à un autre. Pour moi le problème est plus sociétal que spécifiquement lié à la pornographie. Comme souligné en fin d’article, s’il n’y avait plus de racisme ou de phobies, ces tags n’auraient pas lieu d’être.

    Pour ce qui est de la bi-sexualité, rares sont les studios qui montrent deux hommes se toucher lors d’un rapport à trois. Souvent c’est la femme qui profite mais rarement les hommes entre-eux.

    En tout cas c’est courageux d’aborder le sujet. Je pense aussi que c’est beaucoup plus subtile que dire que ces tags sont discriminants.

  2. Pour ce qui est du porn bi, je bosse actuellement sur là-dessus. Pour être très honnête, je ne maîtrise pas encore le sujet, ça va prendre du temps mais j’ai déjà repéré quelques studios. Ça viendra sûrement avant la fin de l’année, le temps que je comprenne et digère tout ça. Si tu as des recommandations, je suis preneur.

  3. J’ai conscience que le sujet est compliqué mais je demanderai aux personnes qui commentent d’argumenter un peu. Je viens déjà d’effacer une menace de mort donc bon.

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