La pornographie est-elle un art ?

Architecture, sculpture, arts visuels, musique, littérature, arts de la scène, cinéma ou jeux vidéo, tous ces arts partagent en commun une chose : ce sont des support pour la création. Lorsque l’on creuse un peu le sujet, on réalise que nous avons aussi à faire à de véritables créateurs avec une réelle vision artistique dans le domaine de la pornographie.

Discussion

Qu’est-ce que l’art ?

Admettons la scène la plus bas de gamme possible, mal cadrée, filmée à la vertical sur un smartphone avec une image tremblante. Peut-on spécifiquement parler d’art dans ce cas ? Bien évidemment, il est peu probable qu’il y ait une quelconque réflexion derrière ce type de contenu mais cela ne reste-t-il pas de l’ordre de la création ? Il y a une démarche de “fabriquer” quelque chose et de le partager. Parler d’oeuvre est peut être un peu fort mais le fait est qu’il est possible d’en faire une critique constructive et, pourquoi pas, se poser des questions sur son intérêt. Cela reste de la création sur un support. La pornographie est un sous-genre de la photographie et du cinéma. Comme tout art, il en utilise les codes et les outils. Le fait de les utiliser en font des œuvres d’esprit. Si la démarche artistique reste masturbatoire dans la plupart des cas, les réalisteurs.trices peuvent tout à fait y glisser quelques messages. Je pense notamment aux notions de consentement que l’on trouve beaucoup dans le porno indé ou à l’évocation du préservatif et de son intérêt, par exemple.

La pornographie est bel et bien une forme d’art. L’accepter est probablement compliqué car la masse de la production n’a que très peu de messages à faire passer et la qualité de réalisation n’est que trop rarement au rendez-vous. Toutefois, qu’elle soit bonne ou mauvaise, une oeuvre d’art reste une oeuvre d’art. Ces dernières années, la plupart des grosses productions ont fait de nombreux efforts sur l’image. Une photographie agréable à l’œil et donc artistique. C’est le but avoué de la plupart de ces créations : proposer du contenu qui se doit d’être excitant pour le.la spectateur.trice. Finalement, c’est aussi la motivation de l’artiste et n’est-ce pas là toute l’essence de l’art ? Chercher à provoquer une certaine forme d’émotion ? L’envie en fait partie. Si la notion de “bonne” ou “mauvaise” vidéo reste une chose assez personnelle, une réelle recherche artistique permet de rendre une scène sublime alors que lorsqu’un réalisateur ne prend pas le temps d’y réfléchir, on se retrouve avec des choses qui n’ont que peu d’intérêt et qui ne font pas envie.

Il faut parler de pornographie

Dans le domaine de la critique, nombreux sont les sites, vidéastes ou publications qui traitent des arts. On trouve très facilement, par exemple, un avis de Youtubeur sur le denier film à la mode. A contrario, rares sont les critiques constructives autour de la pornographie. En France, il y a bien entendu le magazine que vous êtes en train de lire ou Le Tag Parfait mais force est de constater que rares sont ceux qui s’intéressent sérieusement à la question. Il y a pourtant beaucoup à dire sur le sujet, de nombreux créateurs originaux à découvrir et une formidable communauté de personnes se posant de réelles questions de société autour du féminisme, des genres et de la sexualité en générale. Sans critique, il n’y aura pas de prise de conscience sur la place de la femme dans le porno ou de réelle remise en question quant à la qualité générale des productions.

Avec l’accès devenu relativement simple à la pornographie, il est intéressant de rester critique sur ce que l’on consomme. Tout comme on peut faire le choix de se tourner vers des produits bios ou équitables dans son alimentation, on peut tout à fait se demander comment est fabriqué tel ou tel porn. Cela demande un minimum d’effort intellectuel mais c’est essentiel si l’on souhaite que le sexe soit positif et ne soit plus relégué au même niveau que la violence. La sexualité est une bonne chose et la pornographie peut, elle aussi, l’être. Malheureusement, tant que l’on continuera à la consommer de manière irréfléchie, nous aurons toujours le droit à des scènes où l’on passera totalement à côté du plaisir des femmes et au contexte dans lequel on peut pratiquer certaines choses.

Intelligence communautaire

L’arrivée des plateformes de streaming à ajouté une chose nouvelle dans l’industrie : on peut commenter les vidéos. Ça n’a l’air de rien mais dans la pratique c’est un véritable espace d’échange. Si dans l’ensemble c’est surtout un endroit pour faire de bonnes blagues, il n’en reste pas moins un outil pour les viewers qui peuvent donner au créateur sa vision des choses et, le cas échéant, critiquer ce qu’ils n’ont pas apprécié. Lorsque c’est constructif, c’est un véritable plus pour proposer de meilleures choses à l’avenir. Je crois qu’il ne faut pas hésiter à donner son avis même si ça n’est “que” du porno. Pendant (trop) longtemps, les réalisateurs n’ont pas eu de retours sur leurs créations, c’est aujourd’hui possible et autant se servir de cette nouvelle liberté de critiquer.

Certains studios peu ragoutants se font vivement basher lorsqu’une scène est très limite et c’est une bonne chose. Lorsque l’on sait que la grande majorité des commentaires sont plutôt bienveillants, avoir des avis négatifs sous sa vidéo permet au studio de se remettre en question.

Critique sur PornHub
Les critiques sur PornHub ne font pas dans le détail.

Même si elles sont parfois maladroites, ces critiques sont essentielles pour comprendre ce qui ne va pas dans ces créations. Bien entendu, il faut que les studios les lisent et que les viewers prennent le temps de les rédiger et de les argumenter. Sans quoi, la pornographie n’évoluera jamais dans le bon sens.

L’art du sexe

Il ne fait aucun doute qu’il peut y avoir de l’artistique dans la pornographie. Une bonne qualité sonore et une belle image sont un minimum mais la production de masse à tendance à négliger ces points fondamentaux. Parfois, il est intéressant de ralentir la cadence et prendre le temps de soigner sa réalisation. La quantité est rarement synonyme de qualité et ça n’est clairement pas en faisait dans le bas de gamme que l’on fait des ventes. Bon nombre de réalisateurs de la veille école se plaignent beaucoup du piratage mais il faut bien reconnaître que rares sont ceux qui donnent envie de sortir sa carte bancaire. Si les offres ont tendance à être globales, on trouve en parallèle des créateurs qui vendent leurs films au même prix qu’un forfait illimité. Comme quoi, une bonne scène bien réalisée peut attirer des clients prêts à donner leur argent.

Malheureusement, la tendance actuelle voudrait que l’on produise du contenu de masse pour alimenter des sites bancals avec des vidéos pas forcément très intéressantes. Bien qu’il soit difficile de rivaliser avec un PornHub Premium, ce n’est certainement pas en faisant des choses peu excitantes et en oubliant que les femmes consomment aussi de la pornographie que l’on sortira de la crise que connait actuellement le secteur. Les indépendants ou les amateurs sont encore sur des marchés de niche mais ils gagnent à être connus tant leurs contenus sont au dessus de bon nombre de gros acteurs du business. C’est d’autant plus vrai en France où les prods les plus populaires n’essaient même plus de faire des efforts. C’est tout de même regrettable d’avoir autant de moyens et de ne pas prendre le temps de soigner les cadres et l’image. Avant que ces scènes tentent de faire passer des messages positifs, il y aura beaucoup d’eau à couler sous les ponts.

Favoriser la création

Il y a beaucoup de scènes disponibles gratuitement mais si vous n’en êtes pas satisfaits, il ne faut pas hésiter à le dire. L’art et la création ont besoin de la critique pour vivre mais aussi d’argent. Il n’y a que vous qui pouvez favoriser les contenus que vous aimez. Si vous estimez qu’un créateur ou un studio fait du bon boulot, le meilleur moyen de le montrer, c’est le soutien financier. L’industrie en a bien besoin et c’est encore plus vrai pour les indépendants qui tentent de produire des contenus alternatifs à tout ce que l’on peut trouver partout.

La pornographie peut être belle et avec un message positif mais ce genre de choses sont souvent éclipsées par les productions de masse qui prennent toute la lumière. Il est important de rester connecté avec les créateurs si vous consommez régulièrement du sexe sur Internet. Le secteur n’évoluera que grâce à vous et aux choix que vous pourrez faire.

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