Olympe De G. : Du porno audio pour toutes les oreilles mais pas que…

– Salut Olympe De G., est-ce que tu peux nous dire qui tu es et ce que tu fais ?
– Salut BuzzPorn!. Éh bien, je fais du porno, de plusieurs façons différentes. Parfois je réalise des films, parfois je réalise des scènes audio, parfois je suis devant la caméra. Dans tous les cas, ma démarche est engagée : j’ai envie de proposer une forme de porno qui me soit très personnelle. Je travaille sur chacun de mes projets avec beaucoup de sincérité et de passion. Et puis j’essaie de faire en sorte que le porno que je propose soit militant et fasse du bien à la libido mais aussi aux projets et causes en lesquelles je crois. L’argent que je touche dans le porno est soit réinvesti dans de nouveaux projets féministes et gratuits (comme le podcast Voxxx), soit reversé à Amnesty International pour lutter contre l’homo, la bi et la transphobie, et pour les droits des travailleurs du sexe.

Olympe De G
©Paula Winkler

– Ton pseudo fait référence à Olympe de Gouges, c’est une femme importante pour toi ?
– J’aime le personnage de cette femme indépendante, en avance sur son temps, luttant contre l’esclavage et pour les droits des femmes. J’aime qu’elle ait écrit une Déclaration Des Droits de la Femme et de la Citoyenne, qu’elle ait vécu seule toute sa vie, afin de pouvoir publier exactement ce qu’elle voulait sans avoir à en demander l’autorisation à personne. J’aime qu’elle se soit battue pour le droit de divorcer. La pauvre a fini guillotinée. Au-delà de mon admiration pour cette femme libre, pionnière du féminisme, le nom d’auteure qu’elle s’est choisi commence par G… Comme le point G. Pour moi qui voulais que mon pseudo célèbre l’activisme, mais aussi le plaisir féminin, c’était parfait.

– Il t’est arrivé de passer devant la caméra, comment s’est passée ta première expérience en tant qu’actrice ?
– Idéalement. J’ai eu la chance de tourner pour Lucie Blush, que j’avais contactée après avoir lu un article sur elle dans Libé. Je l’admirais beaucoup, et je l’admire toujours; elle est un des esprits les plus créatifs dans le porno, selon moi. On s’est rencontrées, on s’est très bien entendues. Après plusieurs réunions de préparation, on a tourné chez moi, un dimanche, en fin de matinée. Il n’y avait pas de script, Parker Marx et moi faisions exactement ce que nous voulions… En fait, elle a réalisé un docu sur ma première fois devant une caméra. Le résultat était sensible, chaud, tendre. Quand le film, “Un beau dimanche”, est sorti, je me suis reconnue et aimée à l’écran. Je me suis rendue compte que non seulement j’assumais d’avoir tourné dans un porno, mais qu’en plus j’en étais super fière.

– Comment as-tu mis les pieds dans l’industrie pornographique ?
– Il y a 10 ans, j’ai commencé à écrire et à réaliser des clips. Et j’ai décidé de me mettre à réaliser du porno féministe il y a 3 ans. C’est une décision que j’ai prise comme une bonne résolution, juste avant le jour de l’An. Je me suis mise à écrire des scripts et à chercher une prod. J’ai contacté Erika Lust, qui mettait justement en place son programme de Guest Directors. Erika Lust a eu envie de produire “The Bitchhiker”. Tout s’est parfaitement goupillé : juste avant de tourner “The Bitchhiker”, j’ai joué dans “Un Beau Dimanche”. En fait, être devant la caméra de Lucie Blush était pour moi une étape essentielle dans mon passage à la réalisation de porno. Je voulais comprendre ce que ça faisait de baiser devant une caméra, pour pouvoir diriger des acteurs dans des scènes de sexe par la suite. Et effectivement, ça m’a aidée. Et voilà, c’est comme ça que je me suis retrouvée devant et derrière la caméra, dans des productions de porno féministe alternatif. Ça a été une démarche très active et volontaire de ma part. J’ai voulu faire un certain type de porno, j’ai contacté les personnes que j’admirais dans ce domaine, et j’ai bossé dur.

– Comment s’est passé cette rencontre avec Erika ?
– J’ai tourné pour Erika Lust dans “Architecture Porn”, un film très inspiré des films de mode et de design. L’univers était très travaillé, très sous contrôle, mais on avait carte blanche pour la scène de sexe. C’était super de travailler pour elle. J’admire son boulot, j’admire sa réussite. La rencontre était forcément positive. Ses équipes sont super sympa et ultra compétentes. J’ai aimé le film qui en a résulté, il m’a rappelé mes jeunes années, quand je faisais du mannequinat.

– Le féminisme, l’inclusivité et la diversité font partie de tes moteurs. Comment inclus-tu tout cela dans ton porn ?
– Tout naturellement, en fait. Avant d’écrire ou de tourner quoique ce soit, je me demande ce que j’aurais envie de voir, moi, dans le porno. Et la réponse est : toutes sortes de corps différents, de personnalités différentes, de pratiques sexuelles différentes. J’ai envie de voir des femmes qui se sentent bien dans leur corps, quels qu’en soient les contours, et qui se touchent de façon personnelle, pour prendre authentiquement du plaisir. J’ai envie de voir des acteurs et actrices qui ne jouent pas des rôles qui sont des clichés liés à leur apparence physique, et notamment à leur couleur de peau. J’ai envie de voir des façons variées, intimes de prendre du plaisir, que je ne connaissais peut-être pas, et qui m’inspirent de la curiosité et l’envie de, moi aussi, essayer. Le porno que j’ai envie de voir, et de faire, c’est un porno qui m’apprend des choses, qui élargit le champ de mon désir, qui cultive mon esprit d’ouverture sexuelle.

On avait envie d’inviter les femmes à se toucher plus.

– Alors que l’on parle de 4K, de VR et autres 60FPS, toi tu te lances dans “l’Appli Rose” ?
– Alors, tous mes films ont été tournés en 4K, et certains passages de “Don’t Call Me A Dick”, notamment l’éjaculation féminine, ont été tourné en Phantom à 1000 images secondes ! Donc je ne suis pas si rétro que ça, avec mon amour du porno audio ! Le projet de “l’Appli Rose” m’est tombé dessus à une époque où je bouillais d’envie de faire un porno dans le noir, enregistré en binaural, pour proposer aux gens de se concentrer sur le son plutôt que sur l’image. On parlait de diversité : finalement, laisser chacun et chacune se faire ses propres images mentales, son propre film, en fait, c’est l’assurance de créer autant de films qu’il y a de spectateurs et spectatrices. Et là, il y a la plus grande diversité possible ! Avec l’Appli Rose, qui est une fiction érotique (c’est à dire que le sexe a été simulé), le défi c’était de ne plus avoir que les mots pour exciter. Les mots, et comment ils sont dits. Ça a été incroyablement enrichissant de bosser sur cette série, j’ai appris énormément, sur l’écriture, comme sur la réalisation sonore. Pour moi, c’est un vrai tournant dans ma pratique. J’ai envie de passer de films porno très clipesques, très visuels, à des films où il y a beaucoup plus de place pour la comédie, le jeu des acteurs.

– Peux-tu nous parler de ces histoires audio ? De quoi parlent-elles ?
– Chacun des 10 épisodes donne à entendre une conversation téléphonique entre deux inconnus. Ils viennent de se rencontrer via une app de dating orientée cul… mais sur cette app, les photos, les vidéos et même le texte sont prohibés. Donc pour que l’autre ait envie d’eux, ils n’ont que leur voix, et leurs mots. Comme dans la vie, entre deux personnes qui ne se connaissent pas du tout, ça prend… ou ça ne prend pas ! Bon, il y en a quand même toujours au moins un qui prend vraiment son pied, sinon ça ne serait plus une série érotique. Contrairement à Chambre 206 (une scène de porno audio enregistrée l’hiver dernier à l’hôtel Grand Amour), “l’Appli Rose”, c’est beaucoup plus des dialogues, que des sons de sexe. Les personnages se parlent non stop, on ne fait pas de gros plans sonores sur les bruits du corps. J’ai essayé de leur faire aborder plein de thèmes qui me tenaient à cœur : le sexe en situation de handicap, le travail du sexe choisi et apprécié, la sexualité trans, le poly-amour, la bisexualité en couple, le plaisir sexuel sans acte sexuel, la possibilité pour les mecs hétérosexuels de prendre du plaisir anal… J’avais envie que cette “Appli Rose” ouvre plein de fenêtres différentes sur le sexe.

– Selon toi, quel est le public de l’audio porn ?
– Je n’en ai aucune idée ! Je n’écris jamais ou ne réalise jamais en pensant à un public précis. Je ne pense qu’à ce qui me plaît, à moi, qu’à ce que j’aurais envie de voir, parce que ça me permet de proposer quelque chose de vraiment sincère, personnel et donc, je l’espère, d’original. Sincèrement, je ne sais pas du tout à qui s’adresse le porno audio. À tou.te.s ceux qui ont une libido ! J’espère que ça parle à des gens qui ne regardaient pas de porno, et à qui ça a donné envie de s’y intéresser. J’espère que ça parle aussi à des gens qui regardaient du porno, et à qui ça a donné envie de s’intéresser au porno audio, ou au porno alternatif en général… En fait, j’espère juste que ça touche un maximum de monde.

– Est-ce que l’imaginaire est quelque chose qui manque au porno moderne / mainstream ?
– Alors, soyons clairs, je ne suis pas nostalgique des temps où le comble de l’érotisme était pour une femme de révéler sa cheville ! Je ne pense pas que suggérer soit plus excitant que de montrer. Montrer le sexe dans toute sa crudité, c’est bandant, c’est mouillant, il n’y a aucun doute. Je me questionne plus sur le fait qu’on passe tant et tant de temps devant des écrans. Perso, je trouve que le fait d’avoir toujours un smartphone sous la main, de travailler 8 heures par jour sur mon ordinateur portable, ça a des conséquences négatives sur ma mémoire, sur ma capacité de concentration, et bien sûr, sur mon imagination. Donc de façon générale, tout ce qui va stimuler l’imagination, aujourd’hui, et me raconter une histoire sans me visser devant un écran, je trouve ça intéressant, stimulant, et sain. Le porno audio, rien que le fait qu’il nous libère de l’écran, puisqu’on a des écouteurs dans les oreilles et c’est tout, ça permet de libérer complètement la masturbation ! J’ai déjà abordé le sujet, avec le porno audio on peut imaginer les corps que l’on veut, les positions que l’on veut. Mais ça va plus loin que ça : beaucoup plus de positions sont possibles avec juste des écouteurs, que quand on est cloué sur un siège de bureau devant son PC à la maison, ou qu’on ne veut pas quitter des yeux son écran. Et le porno audio s’écoute partout. On ne va pas dégainer un film porno sur une tablette dans les transports. Alors que le porno audio, si on a de bons écouteurs pas trop sonores, c’est indétectable. Ça permet de titiller sa libido en public, si on veut, de projeter son excitation en secret sur des gens que l’on voit autour de nous, d’imaginer que ce sont eux qui sont en train de nous parler à l’oreille. Bref, pour en revenir au porno mainstream, ou commercial, même s’il est varié, je trouve qu’il y a quand même des schémas récurrents qui reviennent encore et encore, et qui finissent par définir une norme, qui finissent par suggérer très fortement ce que doit être un corps de femme, un sexe de femme, le scénario d’un acte sexuel, ce que doivent être les rapports entre les hommes et les femmes. On peut très bien consommer ces images avec distance, avec intelligence, sans être dupe, et y prendre beaucoup de plaisir. Mais je pense que c’est encore plus excitant de faire l’effort de créer, développer ses propres fantasmes, ses propres films. Et encore plus satisfaisant, de prendre le temps de se laisser porter par ses propres images de luxure.

Olympe De G. derrière son tshirt
©Gregory Pouy

– Toujours dans l’audio, tu peux nous parler de “Voxxx” ?
“Voxxx”, c’est un podcast de “Jerk Off Invitations” pour femmes qu’on vient de lancer, avec Lélé O. L’idée est née de deux constats. Le premier, c’est que les Jerk off Instructions, qui sont un de mes contenus préférés dans le porno actuel, n’existaient pas pour les femmes, et que c’était une injustice criante ! Et le second, c’est que souvent les femmes qui ont du mal à jouir lors de rapports sexuels ne se masturbent pas, ou en tout cas pas assez. Et pour cause, il y a encore un vrai tabou autour de la masturbation féminine. Entre copines, on parle de cul, de nos partenaires, mais pas de comment ou quand on se touche, ça reste honteux. Et c’est super dommage, parce que se toucher, c’est s’explorer, apprendre à se connaître, à trouver son plaisir. Et après ça permet de guider ses partenaires, et d’avoir des relations plus satisfaisantes. Donc voilà, on avait envie d’inviter les femmes à se toucher plus, avec des séances de masturbation guidées, qui soient pensées par des femmes, pour des femmes. D’un épisode à l’autre, les voix sont masculines ou féminines, et les instructions prennent plein de tonalités différentes : douces avec une inspiration pleine conscience, ou alors crues, ou encore poétiques, ou dominatrices. Allez jeter une oreille, c’est en accès gratuit. Et c’est auto-produit. On travaille bénévolement mais en revanche on paie les voix de “Voxxx”. Donc pour que ça continue on a besoin d’auditrices… et de mécènes ! Tout est sur Voxxx.org. On est aussi sur Apple Podcasts.

– Quel regard portes-tu sur les tubes et plus particulièrement sur le développement du porno amateur ?
– Les Tubes mettent en accès libre et gratuit des films, sans l’autorisation des acteurs et actrices, ni des réalisateurs et réalisatrices. Par exemple, le film “Un Beau Dimanche” de Lucie Blush est sur les Tubes, et je n’en suis pas du tout contente. Autant j’étais à l’aise avec l’idée que le premier film dans lequel j’ai tourné soit accessible sur un site payant, féministe, indie… Autant le fait qu’il soit visionnable et associé à des hashtags genre #teen et #smalltits, franchement ce n’est pas ce à quoi j’avais consenti. Tous les films se retrouvent en accès gratuit sur les Tubes à un moment ou à un autre, les miens aussi, j’ai eu le cas avec “Take Me Through The Looking Glass”, par exemple, et quand quelque chose est gratuit, pourquoi payer ? Cette pléthore de contenus gratuits, ça ancre très très largement l’idée que créer du porno ne mérite pas salaire. Or, pour faire du porno respectueux, ambitieux, il faut de l’argent. Il faut que les gens qui consomment ce que nous faisons nous rétribuent d’une manière ou d’une autre pour que nous puissions continuer à produire. J’encourage fortement les amateurs qui le peuvent à se créer leurs propres sites, à distribuer eux-mêmes leurs contenus, soit avec une interface de paiement, soit avec un système de mécénat ou d’abonnement. Et à ne diffuser que des teasers sur les Tubes. Je crois qu’il faut reprendre le contrôle.

– Enfin, une question que j’aime bien poser : si tu avais un budget sans limite et que tu pouvais engager qui tu veux, à quoi ressemblerait ton film X ?
– Spontanément, un budget sans limite, ça me donne envie de partir dans l’espace filmer une orgie en apesanteur, avec en bouquet final des éjaculations féminines et masculines qui forment une myriade de perles laiteuses ou nacrées en gravité zéro, et en arrière plan, vue sur la Lune immense, toute proche.

– Des projets à venir ? Quelque chose à rajouter ?
– À venir cet hiver, une nouvelle collaboration avec Alexandra Cismondi, l’auteure et comédienne géniale avec qui j’ai travaillé sur “l’Appli Rose”. On va écrire ensemble un long métrage qui, j’espère, sortira d’ici fin 2019.

– Merci !

Télécharger et écouter “l’Appli Rose”

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