Pornographie chez les mineurs : et si on leur donnait la parole ?

Ces derniers mois, la pornographie a grandement été au cœur du débat. Entre Grégory Dorcel qui se place en défenseur des mineurs et des spécialistes auto-proclamés qui nous expliquent que le porno va pervertir les plus jeunes. Les principaux concernés n’ont pas franchement été mis au centre des discussions. On a donc décidé d’aller à la rencontre de cette jeunesse qui a accès au sexe sur leurs smartphones depuis toujours.

Deux adolescentes

Ça rigole beaucoup, entre deux cours, un petit groupe de jeunes gens attendent, non loin de leur lycée. Avec une moyenne d’âge de 18 ans, il était très probable qu’ils avaient déjà vu un porno. Je me présente et ils acceptent de répondre à mes questions.

La première réaction quand on aborde le porno, c’est d’abord les rires, s’en suit des blagues vaseuses sur Jacquie & Michel (la marque ayant réussi son pari marketing). Tous ou presque, on déjà regardé du porno. Je leur demande alors quand ils ont vu leur première vidéo et les réponses sont assez diverses, un jeune homme dit avoir regardé un film sur l’ordinateur de ses parents quand il avait 15 ans. Une jeune fille indique qu’elle en regarde de temps en temps sur son téléphone depuis ses 16 ans. Un autre garçon explique qu’il en a vu avec ses amis lors d’une soirée mais qu’il n’en regarde pas chez lui.

Le sujet amuse beaucoup ce petit groupe mais lorsque je leur demande s’ils pensent que cela reflète la réalité, la réponse est immédiate : non. Tout ce petit monde a bien conscience que ça n’est que du cinéma. Le ton devient alors un peu plus sérieux et je leur demande s’ils pensent que ça a influencé leur manière de voir le sexe. Tous sont unanimes, pour eux, la pornographie est avant tout un divertissement. On en regarde seul et on en partage parfois à ses amis quand « c’est un truc de ouf ».

Un garçon intervient et explique que le porno lui a permis de découvrir le corps des femmes. « Je ne savais pas comment c’était fait ! », c’est en substance la raison pour laquelle la plupart de ces ados avaient été tenté par des vidéos sur Internet. Une jeune fille indique qu’elle n’avait jamais vu de pénis de sa vie et qu’elle a découvert l’anatomie masculine à travers la pornographie.

D’un ton très sérieux, je leur demande ce qu’ils ont ressenti la première fois qu’ils ont regardé une vidéo, s’ils ont été « traumatisés ». Les garçons rigolent beaucoup et disent que non, ils semblent même plutôt fiers d’être des consommateurs réguliers. Une jeune fille m’explique qu’elle ne savait pas trop ce qu’elle avait ressenti, elle était un peu gênée « parce que c’était interdit » mais aujourd’hui elle semble parfaitement assumer d’en regarder de temps en temps.

Cette petite bande semble assez ouverte sur le sujet, à priori, ce n’est pas un tabou pour eux bien que les blagues semblent être là pour désamorcer un peu la discussion.

Plus sérieusement, je leur demande si le porno donne une bonne image de la femme et un des garçon me répond immédiatement : « elles font ce qu’elles veulent de leur cul ». Je ne vous cacherais pas que j’ai un peu été surpris de cette réponse du tac-o-tac mais c’est assez rassurant que cette jeunesse soit si ouverte d’esprit.

Pour les filles c’est différent : « Je n’aime pas les vidéos où la fille est bousculée et secouée dans tous les sens, ça n’est pas ce que je regarde ». J’insiste un peu en demandant si elle trouve ça dégradant et sa réponse m’étonne un peu puisqu’elle me répond que non mais que ce n’est pas comme ça que ça se passe « dans la vraie vie ». Les garçons acquiescent : « C’est du porno, on ne fait pas ça avec nos copines ».

J’aborde alors les contrôles parentaux avec eux. Ils s’amusent entre-eux et m’expliquent que leurs parents n’en ont jamais installés parce qu’« ils ne savent même pas comment ça marche ». Je leur demande alors s’ils pensent que c’est bien de verrouiller l’accès à Internet, ils sont assez d’accord sur le fait que les très jeunes ne devraient pas voir du porno avant « d’être assez grand ». Je leur demande alors à quel âge ils pensent qu’on peut regarder du porno et après quelques secondes d’hésitation, un garçon me lance un « Quand on ne joue plus aux petites voitures ».

Après une petite discussion sur le sujet, la bande semblent être unanime et, selon eux, on peut regarder du porno quand on en ressent l’envie et que l’on a envie de découvrir ce qu’est le sexe. Je leur demande alors ce que l’école leur a appris sur le sujet, tous rigolent. « On nous a montré des schémas de vagin, on comprenait rien ». Pour aller plus loin, je leur demande si un de leur professeur leur a déjà parlé de pornographie et tous répondent que non. Et en leur demandant s’ils auraient aimé qu’on leur explique ce que c’était, tous était d’accord sur le fait qu’il aurait fallu le faire. « La première fois que j’ai regardé une vidéo, je ne savais pas ce que c’était, c’est un pote qui m’avait expliqué que c’était pour de faux ».

Pour conclure, je leur demande donc ce qu’il faudrait faire, je leur parle du blocage des sites adultes qui a été évoqué et tous sont d’accord : « Ça ne sert à rien, on trouvera toujours un moyen de télécharger des vidéos ». Une jeune fille me lâche alors, d’un ton très sérieux : « On ferait mieux d’apprendre aux gens à se respecter, quand tu te fais brancher dans la rue alors que tu n’as rien demandé, ça c’est un vrai problème ». Un garçon lance en rigolant un « Hey ! Mademoiselle ! ».

Pour rester sur le sujet, j’oriente alors la discussion sur le consentement et je leur demande si, pour eux, le porno a influencé les jeunes. La réponse est clair : « On est pas idiot, on sait bien que le porno ça n’est pas la réalité, les filles on les respecte ». La jeune fille précise : « Ouais mais tous les mecs sont pas comme ça, faudrait leur apprendre à bien se comporter ».

La conversation dura encore un petit moment mais le truc que je retiendrais c’est que cette jeunesse que l’on souhaite protéger du méchant porn est tout à fait capable de discernement et ils ne semblaient pas être plus traumatisé que ça. Ce que je retiendrais surtout, c’est qu’ils ont fait leur éducation seuls sur ce sujet. L’école et les parents étaient les grands absents de cet entretien.

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4 Commentaires

  1. Non, je suis même plutôt pour l’utilisation d’un contrôle parental. D’ailleurs tous les fournisseurs d’accès à Internet en proposent un gratuitement. Disons qu’il faut relativiser sur les effets de la pornographie sur les plus jeunes. Concrètement si un mineur tombe sur une vidéo, ce n’est pas si grave en soi, il faut juste bien prendre le temps de lui expliquer ce que c’est et ne surtout pas le faire culpabiliser comme l’avait évoqué un éducateur dans cet autre article.

  2. Il y a aussi ce problème de parents « conservateurs » qui refusent que la sexualité soit intégrée à l’éducation. Comme si le fait de ne jamais en parler était une solution viable. Le sexe fait partie de la vie et c’est très important de sensibiliser les plus jeunes sur ces questions de consentement.

    Il n’a jamais été question de montrer du porno à l’école mais plutôt de l’évoquer en expliquant simplement que ce n’est pas la réalité du terrain. Malheureusement, il y aura toujours des coincés qui estiment que c’est plus pertinent de faire d’en faire un tabou…

    On chipais des VHS porno à nos parents, aujourd’hui on regarde du stream sur le PC de papa. Il n’y a pas grand chose qui a changé en soi.

  3. Un bémol toutefois sur le dernier point. On a toujours eu accès à de la pornographie mais pas à autant de diversité qu’aujourd’hui. Un Dorcel, ça n’était pas bien méchant, aujourd’hui le BDSM et les trucs hardcore sont plus accessibles, c’est important d’en avoir conscience.

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