Pourquoi est-ce si compliqué de financer le porno en 2019 ?

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Cette dernière décennie, le web a connu un essor extraordinaire. De nombreux business models sont nés, des médias ont réussis à se faire financer par leurs lecteurs. Un moyen de garder son indépendance face aux limites des contenus gratuits sponsorisés par la publicité.

Euros

Le fait est que ces dernières années, les bloqueurs de pubs se sont de plus en plus démocratisés pour des raisons évidentes de confidentialité mais aussi afin de faciliter la navigation sur certains sites devenus carrément des sapins de Noel tant il y a de bannières. Un modèle qui a ses limites et c’est donc vers ses utilisateurs que l’on se tourne aujourd’hui afin de leur demander de modestes contributions. Un système qui avait déjà fait ses preuves puisque l’on achetait encore ses journaux il n’y a pas si longtemps.

Concrètement, les plateformes de financements participatifs se sont multipliées face à la demande croissante d’indépendance de la part de bon nombre de créateurs qui y voient là leur seul salut. Evidemment, tout cela se passe dans l’univers rose bonbon du mainstream. Dès l’instant où vous franchirez la barrière du sexe ou de la pornographie, les portes se fermeront et si elles sont encore ouvertes à quelques endroits, rien n’indique que ça ne changera pas un jour. Le cas Patreon en est un bon exemple.

VISA et Mastercard, les deux mastodontes du paiement, ne voient pas d’un bon œil ce secteur qui connait des chargebacks (demandes de remboursements) relativement élevées. Déjà parce que les arnaques à la CB30 (prélèvement mensuels abusifs) ont longtemps été monnaie courante et la politique marketing très agressive de certaines boites favorisent ces demandes de remboursements. Il y a aussi ce petit côté “honteux” d’avoir payé pour du sexe sur Internet qui peut entraîner un changement d’avis de dernière minute.

Du coup, le secteur de l’adulte est considéré comme “à risque”. Le problème est que ces organismes de paiement contrôlent à peu près l’ensemble du business en ligne et peuvent décider de ce qui est acceptable ou pas. C’est souvent eux qui décideront que tels ou tels contenus n’auront pas leur place sur telles ou telles plateformes. Une position difficilement soutenable pour des entreprises qui ont besoin des services de VISA et Mastercard.

On a vu naitre des choses comme ePoch qui peut permettre le paiement via PayPal mais qui prend une commission beaucoup plus élevée que ce dernier. Probablement une forme d’assurance face aux chargebacks. Difficile de savoir si ces frais sont réellement justifiés mais soit. Vendre des contenus pour adultes sur le web n’est pas aussi simple qu’il ne peut y paraitre. Typiquement un média orienté sexe ou porno aura beaucoup de mal à trouver les ressources nécessaires.

Pourtant le récent Ulule pour Le Tag Parfait montre bien qu’il y a une réelle envie de soutenir les créateurs de ce secteur. Ulule qui a accepté le projet mais les acceptera-t-il encore longtemps ? Telle est la question. Comme évoqué plus haut, la pression des organismes de paiement mettront peut être un frein à cet engouement, pourtant réel.

A y regarder de plus près, on se dit que c’est peut être la blockchain qui pourra permettre une réelle indépendance même si on l’a vu avec Utip, le fait d’utiliser le Bitcoin n’empêche pas les créateurs dans l’adulte de se voir refuser l’accès à cette plateforme. Un positionnement absurde alors que les travailleurs du sexe pourraient l’utiliser sans avoir besoin des annonceurs via un profil “NSFW”, par exemple.

Si votre projet sort un peu du cadre des tubes ou des sites de cam, difficile de trouver un moyen de paiement ou un service sûr pour assurer votre avenir. En tout cas, sans à avoir des frais supplémentaires excessifs dans un pays où la taxation est déjà suffisamment forte pour les entrepreneurs (en gros, la moitié de ce que vous gagnez part à l’Etat). Ne vous y méprenez pas, les camgirls et les studios sont des entreprises qui emploient des gens et doivent les rémunérer. Malheureusement cette ghettoïsation en pousse certains à proposer des contrats discutables (quand il y en a).

S’il est évident que l’industrie est en train de se racheter une éthique en évitant le plus possible le marketing poussif comme les offres d’essais à 1€ qui ne durent que 20 minutes avant de se voir débiter 60€. L’éthique dans le porno ça n’est pas seulement la représentativité ou le respect des humains, c’est aussi un business model qui se doit d’être irréprochable. Si les choses évoluent, il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Il y a évidemment des tords des deux côtés mais les projets sérieux pâtissent beaucoup de cette mauvaise réputation du milieu qui a fait beaucoup de mal entre les années 90 et 2000. L’industrie adulte est un marché de plusieurs milliards mais il ne faut pas perdre de vue que cette complexité à lancer un projet ne favorise pas des choses plus éthiques, respectueuses et féministes. Le serpent se mord la queue, on reproche au secteur des abus et de l’autre côté on ne peut pas proposer autre chose.

Pourtant il est indispensable de pouvoir rémunérer convenablement tous les travailleurs du sexe mais la frilosité des organismes de paiement ne font que favoriser une industrie pas forcément très équitable et qui doit faire face à des frais que l’on ne retrouve dans aucun autre secteur. Un contexte plutôt malsain quand on y regarde de près. Une forme de censure indirecte qui n’aide pas à faire évoluer les choses et les mentalités.

Difficile de dire s’il arrivera un moment où une forme de singularité prendra place et que la confiance envers l’industrie du sexe sera suffisamment forte pour que les organismes de paiements ouvrent les vannes. En attendant, vogue la galère.

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