Shadowban : la vicieuse censure des réseaux sociaux

On évoque souvent la censure omniprésente sur les réseaux sociaux. Surtout lorsqu’il s’agit de sexualité ou de pornographie. Alors que les images violentes et les propos racistes, sexistes ou injurieux y ont toujours une place de choix. Les sociétés à qui appartiennent ces services, sont toujours à la recherche de moyen de faire disparaître certaines thématiques de vos timelines.

Femme bâillonnée

La révolution des réseaux sociaux a réellement apporté quelque chose à notre société. Si tout n’est pas bon à prendre sur ces plateformes, elles ont tout même réussi l’exploit de connecter les Humains entre-eux à travers le monde. Une popularité qui vient directement d’une demande des Internautes qui souhaitent pouvoir échanger entre-eux ou diffuser leurs contenus. Malheureusement, culture américaine oblige, ces réseaux ont amené avec eux, une certaine forme de puritanisme qui incite à la censure. Pas toujours justifiée et jamais discutée, cette censure semble vouloir prendre une nouvelle forme sur la base d’algorithmes déshumanisés.

Robots bêtes et méchants

La quantité astronomique de messages et de photos qui sont publiées tous les jours ne peuvent pas être modérées uniquement par des Humains. C’est un fait. Pour palier à ce problème, les réseaux sociaux ont développé des algorithmes qui permettent de trier les informations et décident même de ce que vous pouvez voir sur votre fil d’actualité. Enfermant les utilisateurs dans une sorte de bulle de confort et qui ne pousse pas forcément à la réflexion. Il ne faudrait pas que les gens utilisent trop leur cerveau, comprenez qu’il y a des espaces publicitaires qui méritent toute votre attention.

La question de la modération se fait, elle aussi, de manière plus ou moins automatisée ou via des rapports envoyé par les utilisateurs. S’il est plus simple de censurer automatiquement un bout de téton de femme qui dépasse, les discours haineux, quant à eux, sont souvent plus subtile à détecter par robot et parfois même par un Humain. Que faire en cas de doute ? Le Premier amendement de la Constitution des États-Unis a vite fait de résoudre le problème mais en Europe, la loi n’est pas la même. Le sexisme, le racisme et toutes ces choses plus intéressantes les unes que les autres (sarcasme) sont interdites. La loi américaine n’est pas applicable chez nous. La solution la plus efficace restant de supprimer les contenus ou de bloquer totalement un compte.

Qu’est-ce que le shadowban ?

Personne n’aime la censure. Parfois, certains contenus ne sont pas illégaux mais pour des raisons “morales” ne plaisent pas forcément à ces réseaux sociaux qui baignent dans la culture US sur ces questions de société. Il n’est donc pas rare que les sujets autour des sexualités se retrouvent dans une certaine forme de ghetto dans lequel il est pratiquement impossible de vous trouver avec une simple recherche. Concrètement, lorsque vous êtes shadowban, vous pouvez continuer à publier des contenus mais personne ne les verra ou les trouvera. Une manière de faire qui permet à ces réseaux sociaux de se dédouaner de la censure puisque vous pouvez toujours vous exprimer mais personne ne verra vos publications.

Soyons clair, il s’agit bel et bien d’une forme de censure. Plus insidieuse puisque les utilisateurs eux-même ne s’en rendent pas immédiatement compte. Que ce soit les abonnés ou ceux qui produisent du contenu, il est parfois difficile de réaliser que certaines publications n’apparaissent plus dans notre fil d’actualités ou que moins de personnes peuvent voir ce que vous proposez. C’est souvent lorsque l’on regarde ses statistiques que l’on prend conscience de cet état de fait. Ajoutez à cela que sur Facebook, par exemple, par défaut vous ne touchez déjà que 10% de votre communauté, autant dire que vous n’existez plus.

Les travailleurs du sexe en premières lignes

Bien entendu, les premières personnes touchées directement par le shadowban sont les personnes qui proposent des contenus explicites. Qu’ils soient artistiques ou pornographiques, la sentence est la même : pas de nudité sur les réseaux sociaux. Bon nombre d’artistes s’auto-censure, abîmant leurs créations afin d’être “acceptés” et vus. On comprendrait la démarche si en parallèle les contenus franchement racistes ou sexistes subissaient le même sort or ça n’est pas du tout le cas.

Encore une fois, les images violentes sont tolérées et proposent même parfois un petit cache “NSFW” afin que ceux qui le souhaitent, peuvent accéder au contenu. On se demande bien pourquoi la nudité ne pourrait pas être traitée de la même manière. Si on peut comprendre que l’on ne souhaitent pas voir certaines publications, la censure n’amène jamais rien de bon. Surtout que l’on parle bien de contenus légaux et qu’il n’y a aucune raison de de les faire disparaître. Le shadowban est, dans un sens, pire que la censure directe. Elle laisse à penser que les réseaux sociaux sont encore libres mais dans la pratique, ça n’est pas le cas. Un moyen assez sale de soigner son image de marque en somme.

Les communautés LGBT+ également touchées

Ces filtres, souvent automatisés, touchent énormément de communautés qui peuvent utiliser des termes liés à la sexualité ou qui peuvent être comprises comme pornographiques. Des mots comme “Gay” ou “Lesbienne” peuvent rapidement entraîner un shadowban. A un moment où l’on n’a jamais eu autant besoin de représenter les minorités, ces filtres totalement aléatoire invisibilisent de nombreuses personnes alors qu’elles ont justement besoin de plus de visibilité.

Ces robots totalement déshumanisés mélangent tout. Arts, pornographie, nudité ou sexualité, tout est mis dans le même panier. S’il existe des recours, la plupart du temps, ils ne mènent à rien. Vous ne recevrez pas la moindre réponse ou un message automatisés qui vous expliquera plus ou moins d’aller vous faire voir. Et vous pensiez être libre de vous exprimer sur les réseaux sociaux ?

Inacceptable

Si les sujets liés au sexe sont les premiers touchés, ces outils de censure peuvent tout à fait être utiliser dans un contexte politique. Facebook est en première ligne sur ce sujet. Ce réseau social ayant la faculté de diffuser de fausses informations moyennant quelques billets. Alors qu’il y a quelques années, la candidature de Mark Zuckerberg à la Présidentielle était évoquée, nous somme clairement en droit de nous demander s’il n’y a pas là potentiellement un outil de propagande très malsain.

La communauté des travailleurs du sexe est la première touchée par cette censure insidieuse et pour avoir à faire quotidiennement à ces filtres, cela n’annonce rien de bon pour l’avenir. En quelques clics, il est très facile de museler un candidat ou des idées. Il semble évident que cela arrivera à un moment ou à un autre sans que l’utilisateur moyen ne s’en rende compte. Le futur a l’air vraiment chouette.

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